Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 850 millions d’euros : c’est le…

Une Dépendance Financière Sous Haute Surveillance
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 850 millions d’euros : c’est le montant prévu en 2026 pour l’achat de programmes extérieurs par France Télévisions, soit près d’un quart de la dotation annuelle de 2,5 milliards versée par l’État. Un modèle économique qui détonne en Europe. Alors que les diffuseurs publics du continent externalisent généralement entre 30 et 40 % de leur production, le groupe français franchit la barre des 80 % pour ses émissions et fictions. Une anomalie qui attire désormais tous les regards.
Depuis le 25 novembre, le rapporteur Charles Alloncle scrute cette organisation atypique. Sa commission d’enquête parlementaire examine la neutralité du service public, son financement et surtout les méthodes d’attribution des contrats. Le cadre juridique facilite cette dépendance : l’article L2513-1 du Code de la commande publique dispense France Télévisions des règles classiques des marchés publics. « Comment voulez-vous soumettre la création à des règles de concurrence ?! » assume la direction. Une liberté assumée, mais qui nourrit les interrogations sur la traçabilité des décisions et l’usage des deniers publics.
Cette latitude accordée aux dirigeants pour sélectionner les projets concentre aujourd’hui les soupçons. Charles Alloncle affirme avoir relevé « nombreuses et graves irrégularités dans le fonctionnement de notre audiovisuel public ». Entre autonomie créative et contrôle budgétaire, la frontière devient floue. Les 850 millions d’euros cristallisent un débat plus large sur le rôle et les méthodes de l’audiovisuel public français.

La Concentration Des Contrats Publics Entre Quelques Mains
Derrière les 850 millions d’euros se cache une réalité encore plus préoccupante : la concentration des contrats. Mediawan domine largement avec 110 à 111 millions d’euros annuels. Fondée en 2015 par Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton, la société capte à elle seule plus de 13 % des achats de programmes. Banijay, propriétaire d’Air Productions, la structure de Nagui, suit avec 80 à 90 millions d’euros par an. Newen (34,3 millions) et Warner (22 millions) complètent ce carré de tête. Quatre groupes se partagent ainsi près du tiers du budget d’achat de l’audiovisuel public français.
Les marges pratiquées alimentent les soupçons de surfacturation. La collection Meurtres à… illustre ce phénomène : environ 1,3 million d’euros par épisode, avec des marges frôlant les 50 %. Lorsque France Télévisions a demandé une baisse de 5 % aux producteurs, ces derniers ont accepté sans rechigner. Pour Charles Alloncle, le verdict est sans appel : « Si ce n’est pas la preuve qu’il y avait une surfacturation tolérée depuis des années, je ne sais pas ce que c’est ! »
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