
Olivier Nora, PDG de Grasset depuis l’an 2000, soit vingt-six ans à la tête de l’une des maisons les plus prestigieuses de France, a été prié de quitter ses fonctions. La décision émane directement de Vincent Bolloré et a pris de court l’ensemble du milieu littéraire, qui voyait en Nora une figure rare d’indépendance éditoriale.
Son successeur désigné est Jean-Christophe Thiery, PDG du Louis Hachette Group et homme de confiance du milliardaire. Ce choix a immédiatement été perçu comme un signal fort. Selon des sources proches du dossier, l’éviction serait en partie liée à la publication prochaine d’un livre de l’écrivain Boualem Sansal.
Bolloré et les médias : un empire en expansion
Depuis le rachat du groupe Lagardère en 2023, Vincent Bolloré contrôle le premier groupe d’édition francophone au monde. Il possède déjà les chaînes CNews et C8, ainsi que la radio Europe 1. L’affaire Grasset marque une étape supplémentaire dans l’extension de son influence, désormais étendue au monde du livre.
La révolte des 115 : une fronde historique dans l’édition française
La réaction du milieu littéraire ne s’est pas fait attendre. Dès l’annonce du licenciement, 115 auteurs publiés chez Grasset ont signé une lettre commune pour annoncer leur départ de la maison. Un geste d’une ampleur inédite dans l’histoire de l’édition française.

Parmi les signataires figurent des noms majeurs de la littérature contemporaine : Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy ou encore Frédéric Beigbeder. Dans leur lettre, ils dénoncent une « atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » et accusent Vincent Bolloré de mener une « guerre idéologique » visant à « imposer l’autoritarisme dans la culture et les médias ».
Le terme de « guerre culturelle » a été repris par l’émission Quotidien pour caractériser la situation. Le monde de l’édition, longtemps préservé des grandes manœuvres capitalistiques, se retrouve désormais au cœur d’un affrontement qui dépasse les seules querelles littéraires.
Quotidien sort l’artillerie satirique avec de fausses couvertures de livres
C’est dans ce contexte tendu que l’émission Quotidien, présentée par Yann Barthès sur TMC, a choisi jeudi 16 avril d’aborder le sujet avec une tonalité délibérément satirique. Le chroniqueur Paul Gasnier a présenté au plateau une série de couvertures de livres fictives, imaginées par l’illustrateur français Mathieu Persan et publiées sur son compte Instagram.

Mathieu Persan avait conçu ces visuels pour dénoncer, à sa manière, l’éviction d’Olivier Nora, les présentant comme la « rentrée littéraire Grasset 2027 ». On y trouvait notamment « Des Nouilles dans le slip », attribué à Cyril Hanouna — référence à une séquence restée célèbre avec son ancien chroniqueur Matthieu Delormeau —, et « Le consentement et autres blagues », prêté à Jean-Marc Morandini, condamné en 2025 pour corruption de mineur et harcèlement sexuel.
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