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16 août 2026
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Inceste devant les députés : des témoignages qui interrogent la France en profondeur

La famille Gainsbourg citée : quand l'inceste devient culture
Image d’illustration © TOPTENPLAY

Elle a évoqué ce qu’elle qualifie de « culture de l’inceste » : un ensemble de représentations, de silences et de complaisances collectives qui permettent à ces violences de se perpétuer sans être nommées ni condamnées. C’est dans ce cadre qu’elle a choisi de citer des figures publiques emblématiques.

« La famille Gainsbourg, qui est l’idéal type de la famille incestueuse », a-t-elle lancé. Elle a également mentionné la famille Kardashian, « qui expose son inceste sur je-ne-sais combien de saisons ». Ces références visaient à illustrer, selon elle, combien la société tolère — voire célèbre — des comportements qu’elle devrait condamner.

La référence aux Gainsbourg renvoie notamment au clip Lemon Incest, enregistré en 1984 par Serge Gainsbourg avec sa fille Charlotte, alors âgée de 12 ans, dans lequel le chanteur apparaissait torse nu aux côtés de l’enfant. Ce clip avait suscité de vives polémiques à l’époque. Charlotte Gainsbourg a depuis défendu ce travail commun, affirmant qu’il exprimait un « amour infini entre père et fille ». Aucune accusation d’agression sexuelle n’a jamais été formulée à l’encontre de Serge Gainsbourg.

L’imprescriptibilité, une réforme désormais inévitable ?

Deux semaines avant cette audition, le 15 avril 2026, un rapport parlementaire avait déjà ouvert la voie à une réforme d’ampleur. Il préconisait de rendre imprescriptibles l’ensemble des crimes commis contre des mineurs — et pas uniquement les crimes sexuels, estimant qu’il « semblerait incohérent de rendre le viol imprescriptible et pas le meurtre. » Trois députés ont depuis annoncé une proposition de loi en ce sens.

L'imprescriptibilité, une réforme désormais inévitable ?
Image d’illustration © TOPTENPLAY

L’argument central repose sur un constat scientifique solide : l’âge moyen de révélation des violences sexuelles subies dans l’enfance se situe entre 45 et 50 ans, en raison notamment de l’amnésie dissociative — un mécanisme de protection psychique qui peut bloquer durablement le souvenir de traumatismes. Or, le délai actuel est de 30 ans à compter de la majorité, soit la possibilité de porter plainte jusqu’à l’âge de 48 ans. La fenêtre est infime.

Le cas de Coline Berry incarne précisément cette réalité : lorsqu’elle a déposé plainte en 2022, les faits étaient déjà prescrits. Devant les députés, elle a également défendu la fin de la non-rétroactivité des lois, afin que les victimes dont les affaires sont déjà prescrites puissent un jour accéder à la justice.

La commission devra rendre ses conclusions dans les prochains mois. Ses travaux s’inscrivent dans un mouvement plus large de prise de conscience nationale, après des affaires retentissantes qui ont révélé le gouffre entre la réalité des victimes et leur accès effectif à la justice. La question de l’imprescriptibilité, longtemps jugée trop radicale, s’impose désormais au cœur du débat législatif français.

45-50 ans
C’est l’âge moyen auquel les victimes de violences sexuelles dans l’enfance parviennent à en parler — bien après le délai légal de prescription fixé à 30 ans après la majorité.

L’audition du 29 avril 2026 a mis en lumière un paradoxe douloureux : des victimes qui parlent enfin, mais souvent trop tard pour être entendues par la justice. Les témoignages de Coline Berry et de Cécile Cée ont forcé la représentation nationale à regarder en face une réalité longtemps minimisée — l’inceste comme crime structurel, protégé par le silence familial et une législation inadaptée. La balle est désormais dans le camp du législateur. La commission d’enquête devra transformer l’émotion de cette séance en réformes concrètes, à commencer par celle qui revient le plus souvent dans la bouche des victimes : faire sauter le verrou de la prescription.

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