Mais la mode reste son obsession première. Cette passion, nourrie depuis l’enfance dans les salons parisiens et les défilés des grands couturiers, finit par s’imposer comme une évidence. L’aristocrate comprend que son destin ne se limite pas à porter la haute couture : elle doit la créer. Cette transition du statut de spectatrice privilégiée à celui de créatrice reconnue s’accomplira grâce à l’encouragement décisif d’un ami proche qui croyait en son talent : Yves Saint-Laurent lui-même.

Une Carrière Fulgurante Bénie Par Yves Saint-Laurent
Ce soutien du maître de la couture française marque le véritable départ de Jacqueline de Ribes. Au début des années 1980, encouragée par Saint-Laurent dont elle est très proche, elle franchit le pas et fonde sa propre maison de couture. Sa première collection provoque immédiatement l’admiration des géants de l’industrie : Pierre Bergé, Emanuel Ungaro et Valentino assistent au défilé inaugural. C’est précisément Valentino qui la sacre « dernière reine de Paris », un titre qui lui collera à la peau jusqu’à son dernier souffle.
Pendant plus de dix ans, la comtesse tient sa maison avec exigence et raffinement, imposant une vision de l’élégance parisienne qui traverse l’Atlantique. Les Américains, particulièrement sensibles à son esthétique aristocratique, la célèbrent comme une icône absolue. Cette reconnaissance outre-Atlantique culmine en 2015 lorsque le Metropolitan Museum de New York consacre une exposition entière à son œuvre stylistique au prestigieux Costume Institute.
Mais en 1995, la santé de la créatrice l’oblige à fermer les portes de sa maison de couture. Cette retraite forcée n’entame en rien son statut : Jacqueline de Ribes reste une référence incontournable de la haute couture, une femme qui a su transformer son goût inné en héritage artistique. Au-delà des podiums, sa vie personnelle témoigne d’une constance tout aussi remarquable.

Vie Privée Et Héritage : 60 Ans D’Union Et Un Patrimoine Exceptionnel
Cette constance se manifeste d’abord dans sa vie conjugale. À 19 ans, Jacqueline épouse Edouard de Ribes, vicomte puis comte, banquier de profession. Leur union traverse les décennies sans faille : 60 ans de mariage jusqu’au décès d’Edouard en 2013, à l’âge de 90 ans. De cette longévité matrimoniale naissent deux enfants, Elisabeth de Ribes et Jean de Ribes, qui devient le 7e comte de Ribes et perpétue la lignée aristocratique.
Après la mort de son époux, la comtesse prend une décision spectaculaire qui révèle l’ampleur de leur patrimoine : elle met aux enchères la collection de leur hôtel particulier du XVIe arrondissement parisien. La vente atteint 23 millions d’euros, chiffre vertigineux qui témoigne du raffinement accumulé durant des décennies. Meubles d’époque, œuvres d’art, pièces rares : chaque objet raconte une existence consacrée à la beauté et à l’excellence.
Au-delà de ce patrimoine matériel, Jacqueline de Ribes incarnait une époque révolue de la jet-set internationale. Habituée des fêtes légendaires comme le « Bal Proust » de Marie-Hélène de Rothschild ou le « Bal du siècle » de Charles de Beistegui, elle évoluait dans un cercle où le faste et l’élégance dictaient les codes. Avec sa disparition, c’est tout un pan de l’aristocratie parisienne qui s’éteint.
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