Le RN et l’immigration : un discours fondateur
Fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen, le Rassemblement national a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière l’un de ses principaux chevaux de bataille, réclamant depuis des décennies des expulsions massives et une politique de «préférence nationale». L’affaire du jardinier marocain employé sans titre de séjour pendant neuf ans chez le fondateur du parti vient percuter ce discours en plein cœur. Elle s’ajoute à une longue série d’épisodes embarrassants révélant les tensions entre postures publiques et pratiques privées au sein de la sphère nationaliste.
Une politique d’expulsion qui bat des records
L’expulsion d’Hatim B. s’inscrit dans un contexte de durcissement sans précédent de la politique migratoire française. En 2025, la France a enregistré 24 985 expulsions d’étrangers en situation irrégulière, soit une hausse de 15,7 % par rapport à l’année précédente.

Depuis la fin de l’année 2024, les renvois ont bondi de 70 %. Dans les Hauts-de-Seine, le préfet Brugère a particulièrement accéléré la cadence : depuis octobre 2024, les régularisations ont chuté de 62 % tandis que les refus ont été multipliés par douze.
Le cas d’Hatim B. illustre que cette rigueur administrative ne connaît aucune exception, même lorsque l’employeur est une figure nationale. La démarche personnelle de Jany Le Pen n’a pas pesé davantage que celle de n’importe quel autre particulier cherchant à protéger un employé de maison sans papiers.
L’expulsion d’Hatim B. referme neuf années de présence discrète au cœur d’une des familles les plus influentes de la politique française. Elle met en lumière, une fois de plus, le fossé qui peut exister entre les discours publics et les pratiques privées de ceux qui se réclament de la rigueur migratoire. Dans un contexte où les expulsions atteignent des niveaux records et où les préfectures appliquent la loi avec une sévérité inédite, l’affaire rappelle aussi une réalité plus large : des milliers de travailleurs étrangers vivent et s’emploient en France dans la plus grande précarité administrative, souvent à la demande tacite d’employeurs qui ne souhaitent ni les régulariser ni les perdre.
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