
Plus significatif encore, ce chiffre dépasse les taux observés au cours de la décennie précédente, c’est-à-dire avant que la Covid-19 ne bouleverse l’économie française. La progression est continue et régulière, sans que les politiques de soutien au pouvoir d’achat déployées ces dernières années n’aient suffi à l’enrayer.
La mesure porte exclusivement sur les personnes vivant dans un logement ordinaire — les sans-abri et les personnes hébergées en structure collective n’entrent pas dans le calcul —, ce qui suggère que la réalité de la précarité en France est, en pratique, plus étendue encore.
Comment l’INSEE mesure la privation matérielle
Le taux de privation matérielle et sociale est distinct du taux de pauvreté monétaire, qui repose lui sur les revenus des ménages. Pour l’INSEE, un ménage est considéré en situation de privation dès lors qu’il cumule au moins cinq renoncements parmi une liste de treize critères de vie courante — dont l’incapacité à chauffer son logement, à consommer des protéines, à partir en vacances ou à faire face à une dépense imprévue. Cette méthode, harmonisée à l’échelle européenne, permet de mesurer la pauvreté vécue au-delà des seuls revenus déclarés.
Viande, chauffage, vacances : les renoncements du quotidien
L’un des signaux les plus alarmants de cette étude concerne la capacité des ménages à se chauffer. En 2025, 11,4 % de la population se trouve dans l’incapacité financière de maintenir une température convenable dans son logement — un taux presque doublé par rapport à 2020, où il s’établissait à 6,7 %. Ce renoncement, autrefois marginal, est devenu une réalité pour plus d’un Français sur dix.

La consommation de protéines animales suit une trajectoire similaire. En 2025, 11,2 % des ménages déclarent ne pas pouvoir s’offrir régulièrement de la viande ou du poisson, contre 7,3 % en 2020. En cinq ans, la part de la population qui se prive de protéines lors des repas a progressé de plus de 50 %.
Le poste vacances reste le renoncement le plus répandu : 22,2 % des personnes interrogées déclarent ne pas avoir les moyens de s’offrir au moins une semaine de congés par an. Ce taux demeure relativement stable dans le temps, témoignant d’une privation ancienne et structurelle pour une large partie de la population.
Chômeurs, familles monoparentales : les profils les plus exposés
Les inégalités face à la privation sont frappantes selon le statut professionnel. 35 % des chômeurs se trouvent en situation de privation matérielle et sociale, contre seulement 9 % des personnes en emploi et 9 % des retraités. L’absence d’activité professionnelle constitue le facteur de risque le plus déterminant, dans des proportions qui dépassent de loin tout autre critère.

Les structures familiales jouent également un rôle majeur. 30 % des personnes vivant dans une famille monoparentale sont concernées par la privation — soit plus du double de la moyenne nationale. Ces foyers, souvent composés d’un adulte seul avec un ou plusieurs enfants, cumulent des revenus réduits, des frais de garde élevés et des loyers proportionnellement plus lourds à porter.
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