L’échec du virement n’a pas mis fin aux faits reprochés. La députée aurait ensuite prélevé deux formules de chèques dans les locaux du Média — un second chef de prévention qualifié de soustraction frauduleuse. Pour retenir la tentative d’escroquerie, le parquet s’appuie sur la notion de commencement d’exécution : en droit français, une tentative est punissable dès lors qu’elle échoue pour des raisons indépendantes de la volonté de son auteur, ce qui est précisément le cas ici, le refus émanant de la banque et non de Sophia Chikirou elle-même.
Le Média, une aventure militante qui a viré à la crise
Le Média a été fondé en 2017 par Sophia Chikirou, le producteur Henri Poulain et le psychanalyste Gérard Miller, avec le soutien de sympathisants de La France insoumise. L’ambition affichée était de proposer un journalisme en ligne indépendant des grands groupes médiatiques. Sophia Chikirou en assurait la direction opérationnelle depuis la création de la structure.

Elle quitte le Média en juillet 2018, officiellement pour se consacrer à la préparation de la liste LFI aux élections européennes de 2019. Mais son départ intervient dans un contexte de crise profonde : tensions éditoriales, difficultés financières et, selon plusieurs témoignages recueillis notamment par l’émission Complément d’enquête de France 2, un management qualifié de brutal par d’anciens salariés.
La somme de 67 146 euros que Sophia Chikirou a tenté de récupérer correspondrait, selon elle, à des prestations de communication facturées par Mediascop au Média pour des services rendus lors de la campagne présidentielle. Elle affirme que les deux sociétés ont trouvé un accord amiable dès 2018 et que toutes les démarches ont cessé depuis lors. C’est précisément sur ce point que repose sa défense : un différend commercial entre deux entités, et non une escroquerie.
Le Média, une utopie militante devenue terrain de conflits
Lancé en 2017 grâce à une campagne de financement participatif, Le Média se voulait une alternative progressiste aux grands groupes de presse, portée par la dynamique de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Dès sa première saison, la structure a été traversée par des crises internes : tensions éditoriales, difficultés financières et accusations de management autoritaire à l’encontre de sa direction. Le départ de Sophia Chikirou en juillet 2018 a marqué la fin d’une première période tumultueuse ; la webtélé a depuis poursuivi ses activités sous une nouvelle gouvernance.
‘Ni victime, ni préjudice’ : la stratégie de défense de la députée
Face aux accusations, Sophia Chikirou mène une défense sur deux fronts simultanément. Sur le plan juridique, elle conteste la qualification pénale des faits. Dans une déclaration transmise à l’AFP, elle affirme qu’il n’existe « ni victime, ni préjudice, ni même de réalité frauduleuse établie » et dénonce ce qu’elle appelle « huit années de harcèlement judiciaire et médiatique ».

Sur le plan médiatique, elle répond aux soupçons d’enrichissement personnel qui circulent à son sujet depuis plusieurs années. Dans un entretien au magazine Elle, la députée décrit son quotidien sans ostentation : « Je vis dans un F2 de 50 mètres carrés dans le 20ᵉ arrondissement, que je loue dans le privé. » Une déclaration destinée à déconstruire l’image d’une élue enrichie par ses activités politiques.
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