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10 septembre 2026
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Bolloré contre Grasset : de l’éviction d’Olivier Nora à la guerre culturelle

Le séisme Grasset : vingt-six ans d'histoire brisés en quelques jours
Image d’illustration © TOPTENPLAY

Pour justifier cette décision, la direction d’Hachette — filiale dont Vincent Bolloré est l’actionnaire de contrôle — met en avant des arguments économiques. Le chiffre d’affaires de la maison serait passé de 16,5 millions d’euros en 2024 à 12 millions d’euros en 2025, tandis que le résultat opérationnel aurait été divisé par deux, tombant de 1,2 à 0,6 million d’euros. La rémunération d’Olivier Nora, portée à 1,017 million d’euros contre 830 000 euros auparavant, est également pointée du doigt.

Un autre motif de friction est avancé : un désaccord sur la date de publication du prochain livre de Boualem Sansal. L’écrivain franco-algérien avait pourtant, selon Patrick Cohen, « justement choisi Grasset pour le catalogue et le prestige de cette maison ». Il se retrouve ainsi malgré lui au cœur d’une bataille qui le dépasse.

L’empire médiatique de Bolloré

Vincent Bolloré a progressivement pris le contrôle d’un vaste ensemble médiatique et culturel : CNews, Europe 1, le Journal du Dimanche, Canal+, et depuis 2023, le groupe Lagardère, qui chapeaute Hachette et ses filiales — dont Grasset, Fayard et J.T. Lattès. Patrick Cohen fait remarquer que l’ouvrage d’enquête Vincent est tout puissant, paru il y a huit ans chez J.T. Lattès, ne pourrait aujourd’hui plus être publié dans cette même maison, désormais intégrée à l’empire qu’il décrit.

La révolte des auteurs : cent soixante-dix signatures contre l’empire

La réaction du milieu littéraire est immédiate et d’une ampleur inédite. Dès le 15 avril 2026, une première vague de 115 auteurs signe une lettre ouverte pour annoncer leur départ de la maison d’édition. En quelques jours, ce chiffre monte à 170 signataires.

La révolte des auteurs : cent soixante-dix signatures contre l'empire
Image d’illustration © TOPTENPLAY

Parmi eux figurent certains des noms les plus prestigieux de la littérature française : Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeder, Vanessa Springora. Leur lettre dénonce un licenciement jugé « inacceptable » et constitutif d’une « atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et à la liberté de création ».

Les réactions institutionnelles ne tardent pas. Antoine Gallimard salue la démarche des signataires : « Notre solidarité avec Olivier Nora et ses auteurs doit être totale. Leur résistance est un acte de courage. » Le Syndicat de la librairie française est plus direct encore, évoquant « une étape supplémentaire, grave et sans doute décisive, dans la mise au pas du groupe Hachette par son actionnaire ».

Le romancier Gaspard Koenig résume le sentiment général : « Une telle indignation collective, très rare chez les écrivains, montre bien le choc face au mépris d’un actionnaire qui remplace un éditeur respecté par un gestionnaire politiquement orienté. »

170
auteurs ont annoncé quitter les éditions Grasset en solidarité avec Olivier Nora — une mobilisation collective sans précédent dans l’histoire du livre français.

La tribune du JDD : Bolloré sort du silence dans son propre journal

Le 19 avril 2026, Vincent Bolloré prend la parole. Mais pas dans n’importe quel support : c’est dans le Journal du Dimanche, dont il est l’actionnaire via le groupe Lagardère, qu’il publie une tribune pour répondre à la crise.

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