La cour d’appel de Paris a condamné, le 7 mai 2026, un couple de Haute-Corse pour avoir frauduleusement inscrit Brigitte Macron sous une identité masculine dans leur déclaration fiscale, provoquant une modification automatique dans les systèmes de la Direction générale des finances publiques. Cette décision renverse une relaxe prononcée en première instance en février 2025 et marque un tournant dans le traitement judiciaire des manipulations administratives au service de la désinformation.
En bref
- —Un couple corse condamné pour falsification de déclaration fiscale
- —La cour d’appel infirme la relaxe prononcée en 2025
- —Dix personnes déjà condamnées pour cyberharcèlement en janvier 2026
Un détournement du système fiscal pour propager une fausse identité
Au printemps 2024, Juliette A. (48 ans) et Laurent A. (42 ans), résidant en Haute-Corse, ont renseigné dans leur déclaration d’impôts, à la rubrique réservée aux «autres personnes invalides à charge», une liste hétéroclite : l’ensemble des membres du gouvernement, tous les parlementaires, le chef de l’État, et le président ukrainien, qualifié au passage de «nazi».

Mais c’est la mention visant la Première dame qui constitue le cœur de l’affaire. Le couple y a désigné Brigitte Macron sous l’identité «M. Trogneux Jean-Michel, dit Brigitte» — référence directe à une rumeur transphobe affirmant que l’épouse du président serait née homme. Cette inscription n’était pas sans effet technique : elle a déclenché une correction automatique dans le référentiel de la DGFiP.
La modification s’est propagée jusqu’à l’espace personnel de Brigitte Macron sur le portail des impôts, comme si une base de données officielle avait validé l’identité falsifiée. C’est la secrétaire personnelle de la Première dame qui a découvert cette anomalie dans le système informatique.
La rumeur transphobe, une campagne structurée
Depuis plusieurs années, Brigitte Macron est la cible d’une rumeur affirmant qu’elle serait née sous le prénom masculin Jean-Michel Trogneux. Propagée principalement sur les réseaux sociaux, cette campagne à caractère transphobe n’a jamais été étayée par le moindre élément factuel ou document officiel. La Première dame et ses avocats ont répondu par des plaintes en justice, conduisant aux condamnations pénales successives de ses auteurs.
De la relaxe au revirement : la justice recadre la notion d’usurpation d’identité
Traduit devant le tribunal correctionnel de Paris, le couple avait obtenu une relaxe en février 2025. Les premiers juges avaient estimé qu’il n’y avait pas eu usurpation d’identité, faute de «tentative d’accès» à l’espace personnel de Brigitte Macron. La manipulation, à leurs yeux, ne réunissait pas les éléments constitutifs de l’infraction.

La cour d’appel de Paris a adopté une lecture radicalement différente. Pour les magistrats, «le simple fait d’injecter dans le système fiscal une identité dégradante reliée à une personne réelle suffit à constituer l’usurpation». Il n’est pas nécessaire, ont-ils précisé, de prouver que l’auteur ait cherché à accéder aux comptes de la victime.
Juliette A. a été condamnée à quatre mois d’emprisonnement avec sursis, son compagnon Laurent A. à trois mois avec sursis. Les deux prévenus ont en outre été privés de leur droit de vote pendant deux ans. Ces peines, bien que non exécutoires immédiatement, constituent un signal clair contre l’utilisation des outils administratifs de l’État comme vecteurs de harcèlement.


