Le nombre de sources implantées — 224 bâtonnets — a surpris par son ampleur : les protocoles initiaux envisageaient environ 80 insertions. Ce chiffre élevé reflète la taille de la tumeur traitée et la nécessité de couvrir l’intégralité de la masse cancéreuse pour espérer un effet thérapeutique significatif. L’ensemble de la procédure s’est déroulé en une seule session, ce qui constitue un avantage majeur pour des patients déjà affaiblis par des mois de traitement.
Alpha DaRT : une radiothérapie de précision qui irradie la tumeur de l’intérieur
Derrière cette première se trouve une technologie développée par la société israélienne Alpha Tau Medical, cotée au Nasdaq sous le symbole DRTS. Son dispositif, baptisé Alpha DaRT — pour Diffusing Alpha-emitters Radiation Therapy — repose sur un principe radicalement différent de la radiothérapie externe classique : les sources radioactives sont insérées directement dans la tumeur, éliminant la traversée des tissus sains par les rayonnements.

Chaque bâtonnet est une fine tige en titane imprégnée de radium 224, un isotope qui émet des particules alpha à très courte portée. Concrètement, chaque source irradie dans un rayon de seulement 2 millimètres autour d’elle. Cet effet ultra-localisé est précisément ce qui distingue la technique : la dose délivrée aux cellules cancéreuses est élevée et concentrée, tandis que les organes adjacents au pancréas — vaisseaux, duodénum, foie — sont en grande partie préservés.
L’objectif thérapeutique est double : réduire ou détruire la tumeur dans un premier temps, et si la réponse est suffisante, rendre une intervention chirurgicale envisageable à terme. Pour les patients dont la tumeur est jugée définitivement inopérable, la technique pourrait au moins prolonger significativement la période sans progression de la maladie, ouvrant ce que les médecins appellent une « longue pause thérapeutique ».
Le cancer du pancréas : un défi médical parmi les plus redoutables
Pour comprendre l’importance de cette avancée, il faut mesurer la gravité du cancer du pancréas. En France, environ 16 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, selon la Fondation pour la Recherche Médicale. Le taux de survie à cinq ans reste parmi les plus faibles de tous les cancers, en raison d’une détection souvent tardive et d’un accès limité à la chirurgie curative.

Au moment du diagnostic, seules 10 à 20 % des tumeurs sont opérables. La raison principale : la localisation anatomique du pancréas, niché entre l’aorte, la veine cave et les vaisseaux mésentériques, rend l’ablation chirurgicale impossible dès lors que la tumeur envahit ces structures. Et même lorsqu’une chirurgie lourde est possible, plus de 80 % des patients rechutent dans les années suivantes.
Pour les formes dites localement avancées — des tumeurs qui n’ont pas encore produit de métastases à distance mais restent inextirpables —, le traitement de référence actuel est la chimiothérapie intensive par protocole mFOLFIRINOX. Efficace pour ralentir la progression, elle ne suffit pas à guérir et épuise considérablement les patients. C’est précisément pour ces malades, qui représentent près de 30 % des 140 000 cas annuels en Europe, que la technique Alpha DaRT est désormais testée.
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