
Trois jours plus tard, le 27 juillet 2018, les enquêteurs de la brigade financière lui reprochent d’avoir tenté d’obtenir un virement de 67 146,58 euros depuis les comptes du Média vers sa société Mediascop — d’abord par mail, puis directement au guichet du Crédit du Nord. L’opération échoue faute de provision. Selon l’acte d’accusation, deux chèques auraient également été soustraits au siège de la structure après l’échec de la démarche bancaire.
L’argument central de la défense repose sur la chronologie : Chikirou affirme n’avoir appris son éviction définitive que par SMS de Gérard Miller, cofondateur du Média, le 27 juillet en fin d’après-midi — soit, selon elle, après sa première démarche à la banque ce jour-là. Un détail factuel qui, s’il était établi, fragiliserait la thèse d’une manœuvre intentionnelle en connaissance de cause.
L’audience du 12 mai : quatre heures de débats, délibéré au 8 juin
Après quatre heures de débats devant la 13e chambre correctionnelle, le parquet a soutenu que les démarches de Chikirou constituent un «commencement d’exécution» suffisant pour caractériser la tentative d’escroquerie, quand bien même aucun fonds n’a été encaissé. L’accusation insiste sur un point précis : elle s’est présentée comme présidente du Média auprès de la banque alors que ses fonctions avaient officiellement pris fin.

La défense a mis en avant l’accord financier amiable conclu en juin 2021, qui avait conduit au retrait des plaintes initiales. Pour Chikirou, il s’agit d’un «différend commercial entre deux sociétés» ayant trouvé sa résolution. Le parquet considère de son côté que cet accord n’éteint pas l’action publique : l’infraction était constituée dès les premiers actes, indépendamment de tout règlement ultérieur entre les parties.
Les peines encourues restent limitées : une amende maximale de 50 000 euros, sans inéligibilité et sans peine d’emprisonnement requise. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 8 juin 2026.
Le Média, une aventure militante vite engloutie par les tensions
Le Média a été fondé à l’automne 2017 dans la foulée de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, avec l’ambition de créer un outil d’information indépendant financé par abonnements citoyens. Sophia Chikirou, ancienne directrice de communication du candidat, en fut l’une des figures fondatrices. Dès les premiers mois, la structure a été traversée par de profondes crises internes : audiences stagnantes, finances dégradées, accusations de management brutal visant Chikirou. Son départ à l’été 2018 s’est accompagné d’un climat de défiance généralisé au sein de la rédaction. Cette procédure judiciaire en est, huit ans plus tard, l’un des derniers échos judiciaires.
«Un procès éminemment politique» : Chikirou dénonce le timing
À l’audience, Sophia Chikirou n’a pas seulement défendu sa cause juridique — elle a attaqué frontalement la procédure elle-même. Interpellant directement la procureure, elle a dénoncé un procès «décidé par le ministère public» pour «salir» sa campagne, s’interrogeant sur les raisons qui auraient conduit à rouvrir un dossier vieux de huit ans précisément à l’approche des élections municipales parisiennes.

Elle a qualifié l’affaire d’«éminemment politique» et évoqué «huit années de harcèlement judiciaire et médiatique». Dans une déclaration transmise à l’AFP, elle assurait qu’il n’existe «ni victime, ni préjudice, ni réalité frauduleuse établie». Cette posture — ériger la justice en instrument partisan — s’inscrit dans la ligne de La France insoumise, qui cultive une méfiance affichée envers l’appareil judiciaire.
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