
L’opération relevait d’une infrastructure de surveillance massive, dissimulée derrière un réseau civil. Les autorités iraniennes ignoraient que leurs propres équipements de gestion du trafic urbain servaient en réalité d’yeux à un service de renseignement étranger, au cœur même de leur capitale.
Cette intrusion numérique s’inscrit, d’après Le Parisien, dans une stratégie bien plus large menée depuis des années par Israël contre l’Iran: interceptions de signaux électroniques, analyse massive de données iraniennes, accumulation patiente de capacités de ciblage. Le piratage des caméras n’était qu’un volet d’un dispositif global.
Une guerre de l’ombre entre Israël et l’Iran
Depuis des décennies, Israël et l’Iran se livrent une guerre secrète mêlant sabotages, assassinats ciblés et cyberattaques. Le programme nucléaire iranien, le soutien de Téhéran au Hezbollah et au Hamas ont fait de l’Iran la menace prioritaire pour Tel-Aviv. Les opérations du Mossad contre des scientifiques et des infrastructures iraniennes sont régulièrement documentées, mais rarement dans un tel niveau de détail opérationnel.
Rue Pasteur, la caméra qui observait le domicile du guide suprême
Parmi toutes les caméras compromises, une en particulier a joué un rôle décisif. Selon le Financial Times, elle se situait rue Pasteur, à proximité immédiate du bâtiment où résidait le guide suprême iranien. Sa position permettait d’observer en continu les allées et venues devant l’entrée: gardes du corps, visiteurs, chauffeurs.

Pour les services israéliens, l’objectif était précis. Il s’agissait, selon le journal américain, de «connaître ses mouvements, son style de vie, avec qui celui-ci se déplaçait, la fréquence de ses déplacements et de ses réunions». Ces données, accumulées sur la durée, ont permis de reconstituer l’organisation exacte de ses journées et chacun de ses itinéraires habituels.
Ce niveau de détail transformait une caméra de gestion du trafic en outil de ciblage opérationnel. La frontière entre infrastructure civile et dispositif militaire s’est ainsi effacée, à l’insu des autorités iraniennes chargées de protéger leur plus haute personnalité.
Le 28 février, une réunion jugée ‘exceptionnelle’ pour déclencher la frappe
C’est un renseignement de dernière minute qui a déclenché l’opération. Selon le Financial Times, le samedi 28 février, les services américains et israéliens apprennent qu’une réunion doit se tenir au domicile même du guide suprême. L’occasion est immédiatement qualifiée d’«exceptionnelle» pour frapper avec précision.

Des années de surveillance continue avaient rendu ce moment possible. La connaissance des itinéraires, des horaires, des habitudes et des cercles proches du guide suprême permettait aux planificateurs israéliens d’agir avec une précision que seule une surveillance prolongée pouvait garantir.

