En janvier 2026, sur le plateau de Chez Ruquier sur T18, Élie Semoun a livré un aveu surprenant : il regrette la fin du duo qu’il formait avec Dieudonné, qualifiant leur séparation de « gâchis ». Une déclaration inattendue qui replonge le public dans l’histoire d’une des associations comiques les plus marquantes des années 1990.
En bref
- —Élie Semoun qualifie Dieudonné de « super humoriste » en 2026
- —Le duo mythique des années 90 s’est brisé sur fond de dérives politiques
- —Semoun regrette ouvertement que Dieudo ait mêlé art et politique
Un duo né au sommet de l’humour français des années 1990
En 1993, deux jeunes humoristes s’imposent sur la scène comique française : Élie Semoun et Dieudonné. Avançant sous leurs vrais noms, ils développent un humour sociétal et engagé, s’emparant de sujets brûlants comme le racisme, la brutalité policière, la vie en banlieue ou les figures politiques de l’époque.

Leur complémentarité leur vaut rapidement d’être comparés aux Inconnus, le trio comique de référence de la décennie. C’est d’ailleurs Pascal Légitimus, figure tutélaire du groupe aux côtés de Didier Bourdon et Bernard Campan, qui les repère et met en scène leur tout premier spectacle, sobrement intitulé Élie Semoun et Dieudonné.
Le duo grimpe rapidement au sommet, portés par un style corrosif et un ancrage dans les réalités sociales de leur temps. Leur succès est fulgurant, et leur complicité, aussi bien sur scène qu’à la ville, semble indéfectible.
Les premières fissures : jalousie, cinéma et rivalité
Derrière le succès, des tensions commencent à sourdre. Des rumeurs de jalousie circulent dans les coulisses, notamment de la part d’Élie Semoun envers Dieudonné. En parallèle, Élie s’éloigne progressivement de la scène pour se tourner vers le cinéma, tournant notamment avec les Inconnus dans Les Trois frères puis Tout doit disparaître.

Dieudonné reproche à son partenaire de le délaisser au profit de cette nouvelle carrière. La dynamique du binôme s’en trouve fragilisée. À l’image du célèbre duo de rap NTM, les deux humoristes finissent par se séparer, mettant un terme à une association qui avait pourtant tout pour durer.
Cette rupture marque la fin d’une époque et ouvre deux trajectoires radicalement différentes pour chacun des deux artistes.
Un duo au cœur de l’humour engagé des années 90
Dans les années 1990, Élie Semoun et Dieudonné incarnaient une nouvelle génération de l’humour français, héritière des Inconnus, abordant frontalement des sujets sociaux et politiques. Leur séparation, puis la marginalisation progressive de Dieudonné après ses dérapages antisémites, ont marqué durablement le paysage comique hexagonal. Aujourd’hui, Dieudonné reste interdit de scène dans de nombreuses villes et a fait l’objet de multiples condamnations judiciaires.
Le sketch de 2003 : la chute de Dieudonné dans le PAF
En 2003, tout bascule définitivement. Dans une émission très populaire animée par Marc-Olivier Fogiel sur France 3, Dieudonné interprète un sketch polémique. Grimé en colon israélien, coiffé d’un chapeau de Juif orthodoxe, avec papillotes, cagoule et treillis kaki, il s’en prend à la politique d’Israël.

Le monologue se conclut par un « Isra-Heil ! » accompagné d’un salut imitant le geste nazi. Diffusé en grande écoute, ce sketch le propulse instantanément persona non grata dans le paysage audiovisuel français. Jugé antisémite — là où l’intéressé invoque l’antisionisme —, il est mis au ban de la profession.
Les années suivantes, Dieudonné s’empêtre dans des prises de position de plus en plus radicales, qui le conduisent devant la justice à de nombreuses reprises. Ces condamnations judiciaires successives achèvent de l’isoler durablement du monde du spectacle.
En 2026, Semoun brise le silence : « Un super humoriste, mais quel gâchis »
En janvier 2026, venu faire la promotion de Cactus, son nouveau one-man-show, sur le plateau de Chez Ruquier sur T18, Élie Semoun est interpellé par l’animateur Laurent Ruquier sur son ancien partenaire. Sa réponse surprend par sa franchise et sa nostalgie.

« Le duo fonctionnait tellement bien. Et je continue à penser, et je le dis souvent à Dieudonné, que c’est du gâchis« , lâche-t-il sans détour. Une formule qui résonne comme un véritable mea culpa, mais aussi comme un hommage sincère à ce que les deux hommes avaient construit ensemble.
Élie Semoun va plus loin, livrant ce qui ressemble à un regret profond : « On est tous d’accord que c’est un super acteur, un super humoriste… Mais qu’est-ce qu’il a été donner son avis sur des questions géopolitiques ou politiques qu’il ne maîtrise pas ? Donc, c’est ce que je regrette. » Il ajoute que les artistes n’ont, selon lui, rien à faire à « baigner dans des questions politiques ».
Ces déclarations laissent entrevoir une relation qui n’est pas totalement rompue — Semoun dit s’adresser encore parfois à Dieudonné —, sans pour autant annoncer une réconciliation publique.
Le mea culpa d’Élie Semoun, exprimé avec une sincérité désarmante sur le plateau de Laurent Ruquier, ne remet pas en cause sa prise de distance avec les positions de Dieudonné. Il illustre plutôt la douleur d’un artiste face au gâchis d’un talent indéniable, noyé sous des prises de position politiques que Semoun juge hors de propos. Si une réconciliation publique reste hypothétique, ces déclarations témoignent que le souvenir du duo n’a pas totalement disparu — ni pour l’un, ni, semble-t-il, pour l’autre.


