Trois passagers sont morts et cinq ressortissants français ont été rapatriés en urgence après qu’un foyer de hantavirus a été détecté à bord du navire de croisière MV Hondius, en mai 2026. Cet épisode inédit sur un bateau remet brutalement en lumière un virus méconnu du grand public, pourtant présent sur tous les continents et transmis par les rongeurs sauvages. Tour d’horizon des faits, des risques réels et des précautions à prendre.
En bref
- —3 morts à bord du MV Hondius, 6 cas confirmés
- —5 Français rapatriés, dont un avec des symptômes
- —En France, 100 à 300 cas par an, rarement mortels
Le MV Hondius : comment une croisière s’est transformée en crise sanitaire
Parti d’Ushuaïa, en Argentine, le 1er avril 2026, le navire de croisière MV Hondius devait rallier l’archipel du Cap-Vert avant de terminer sa route aux Canaries. C’est en cours de traversée que les premiers cas de hantavirus ont été signalés à bord, entraînant un blocage du navire et une mobilisation internationale.

Le bilan est lourd : trois passagers sont décédés — un couple de septuagénaires néerlandais et une ressortissante allemande. Au total, six cas ont été confirmés sur huit suspects. L’Organisation mondiale de la santé a identifié 62 contacts à risque, dont 42 ont pu être localisés et placés sous surveillance.
Le 10 mai, les passagers ont finalement débarqué à Tenerife, aux Canaries. Cinq ressortissants français figuraient parmi eux. Rapatriés à Paris dans le cadre d’un protocole sanitaire coordonné entre la France, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Union européenne et l’OMS, ils ont été hospitalisés pendant 72 heures pour évaluation clinique et tests virologiques.
La situation s’est immédiatement compliquée : l’un des cinq Français a présenté des symptômes dans l’avion de rapatriement lui-même. L’ensemble des passagers concernés devront observer un isolement strict de 45 jours à leur domicile, correspondant à la durée maximale théorique d’incubation du virus. Une réunion de crise a été convoquée à Matignon dès le lendemain du rapatriement.
Qu’est-ce que le hantavirus ?
Les hantavirus forment une famille de virus à ARN hébergés par des rongeurs sauvages — campagnols, mulots, rats — sur tous les continents. Chez l’animal, l’infection passe inaperçue ; chez l’être humain, elle peut provoquer soit une fièvre hémorragique avec atteinte rénale (forme européenne et asiatique), soit un syndrome pulmonaire grave (forme américaine). Il n’existe pas de vaccin disponible en Europe et aucun traitement spécifique n’est largement accessible.
Le virus Andes, une souche à part : la seule capable de se transmettre d’homme à homme
La souche identifiée à bord du MV Hondius n’est pas n’importe quel hantavirus. Le virus Andes, originaire d’Amérique du Sud, est à ce jour le seul hantavirus pour lequel une transmission interhumaine a été scientifiquement documentée. Cette particularité le distingue radicalement des autres souches connues, pour lesquelles seul le rongeur peut contaminer l’être humain.

Cette transmission entre personnes nécessite néanmoins un contact physique étroit et prolongé — cohabitation dans le même foyer, soins rapprochés, vie commune. Elle n’est pas comparable à la transmission aérienne du Covid-19 ou de la grippe, et ne se produit pas lors de contacts sociaux informels à distance. Selon l’OMS, le risque de propagation étendue reste faible, à condition que des mesures de protection élémentaires soient appliquées.
Sur le plan clinique, le virus Andes provoque un syndrome pulmonaire à hantavirus : après quelques jours de fièvre et de courbatures, l’état respiratoire peut se dégrader brutalement, conduisant à une détresse respiratoire sévère et un choc cardio-vasculaire. Il n’existe aujourd’hui ni traitement antiviral spécifique, ni vaccin disponible en Europe. La prise en charge reste symptomatique et repose sur la réanimation en milieu hospitalier.
En France, un virus bien présent mais sous contrôle : ce que dit la surveillance épidémiologique
Si l’affaire du MV Hondius concerne une souche exotique, la France n’est pas épargnée par le hantavirus. Le pays enregistre chaque année entre 100 et 300 cas d’infection, liés presque exclusivement au virus Puumala. Cette souche circule chez le campagnol roussâtre (Clethrionomys glareolus) et sévit principalement dans le quart Nord-Est du territoire : Ardennes, Lorraine, Franche-Comté, Alsace et Bourgogne.

Entre janvier et mars 2026, le Centre national de référence des hantavirus, rattaché à l’Institut Pasteur de Paris, a comptabilisé 19 cas confirmés, un chiffre dans la moyenne habituelle pour cette période de l’année. Les pics de cas sont généralement liés aux cycles naturels de reproduction des rongeurs, qui varient selon les années.
La bonne nouvelle : le virus Puumala est bien moins meurtrier que le virus Andes. Son taux de létalité est estimé à environ 0,4 % en Europe. Il provoque essentiellement des formes rénales modérées — fièvre, douleurs lombaires, atteinte transitoire des reins —, rarement fatales lorsqu’elles sont prises en charge rapidement. La transmission interhumaine n’a jamais été documentée pour cette souche sur le territoire français.
Comment se protéger efficacement : les gestes qui font la différence
La quasi-totalité des contaminations survient par inhalation de poussières souillées par les excréments, urines ou salive séchée de rongeurs. Le scénario le plus fréquent : nettoyer un cabanon, une grange ou une résidence secondaire longtemps restée fermée, sans précaution particulière. Un simple balayage à sec peut suffire à mettre le virus en suspension dans l’air.

La règle d’or est d’humidifier systématiquement les surfaces avant tout nettoyage dans un espace susceptible d’avoir abrité des rongeurs. Le port d’un masque FFP2 et de gants est indispensable dans ces situations. Il faut absolument éviter de balayer à sec les poussières ou de manipuler les nids et cadavres de rongeurs à mains nues.
Les activités agricoles et forestières en zones à risque — sous-bois, champs de céréales, prairies — exposent davantage au contact indirect avec des rongeurs porteurs du virus. Les randonneurs doivent éviter de consommer des aliments stockés dans un abri de plein air et se laver soigneusement les mains avant de manger.
En cas de forte fièvre survenant dans les six semaines suivant une exposition potentielle à des rongeurs ou à leurs déjections, une consultation médicale rapide est impérative. Mentionner explicitement au médecin le contexte d’exposition permet un diagnostic ciblé et une prise en charge adaptée. L’absence de symptômes dans les premiers jours ne suffit pas à exclure une infection : la période d’incubation peut aller jusqu’à six semaines.
L’épisode du MV Hondius constitue un événement sanitaire rare : jamais un foyer de hantavirus n’avait été documenté à bord d’un navire de croisière. Si la souche Andes impliquée est significativement plus dangereuse que celles présentes en Europe, les experts s’accordent à estimer le risque de propagation mondiale faible, en raison des conditions très spécifiques requises pour une transmission interhumaine. En France, le hantavirus Puumala reste une réalité épidémiologique discrète mais constante, concentrée dans le Nord-Est du pays. La vigilance s’impose non pas sous forme de crainte, mais de précautions concrètes : protéger ses voies respiratoires lors du nettoyage de locaux abandonnés, et consulter rapidement en cas de fièvre après une exposition à des rongeurs. Ce sont ces gestes simples, et non la panique, qui permettent de limiter efficacement le risque.



