Lundi 11 mai 2026, la ministre française de la Santé Stéphanie Rist a annoncé qu’une passagère rapatriée du navire de croisière MV Hondius a été confirmée positive au virus Andes — une première sur le sol français. Au total, 22 cas contacts ont été identifiés en France. Face à cette situation inédite, le Premier ministre Sébastien Lecornu a publié un décret sanitaire d’urgence et convoqué une réunion de crise dans l’après-midi.
En bref
- —Une Française rapatriée du MV Hondius testée positive
- —22 cas contacts recensés sur le territoire français
- —Un décret de quarantaine de 42 jours publié en urgence
La croisière du MV Hondius, théâtre d’un foyer hantavirus inédit
Le MV Hondius, navire d’expédition néerlandais opéré par Oceanwide Expeditions, avait quitté le port d’Ushuaia, en Argentine, le 1er avril 2026. À son bord, des voyageurs de dix-neuf nationalités différentes, partis pour une croisière d’exploration en milieu austral. Ce que personne ne savait encore, c’est qu’un virus mortel allait transformer cette aventure en crise sanitaire internationale.

Le patient zéro serait un ornithologiste néerlandais, contaminé lors d’activités en plein air en Patagonie avant même son embarquement. Une fois à bord, le virus a progressivement touché d’autres passagers. Le 2 mai 2026, un cluster de cas d’insuffisance respiratoire sévère a été signalé à l’Organisation mondiale de la santé, qui a confirmé la nature du pathogène le 6 mai : il s’agissait du virus Andes.
Le bilan au 11 mai est sévère. L’OMS recense huit cas — six confirmés en laboratoire, deux probables —, dont trois décès. Le 10 mai, 94 personnes représentant dix-neuf nationalités ont été évacuées du navire, avec de nouveaux rapatriements attendus dès le lendemain.
En France : premier cas positif à Paris, 22 cas contacts identifiés
Cinq ressortissants français figuraient parmi les passagers rapatriés et placés à l’isolement à l’hôpital Bichat, à Paris. Dans la nuit du dimanche 10 au lundi 11 mai, l’état de santé de l’une d’entre elles s’est brusquement dégradé. Les tests réalisés ont confirmé qu’elle était porteuse du virus Andes, faisant d’elle le premier cas positif officiellement détecté en France.

Les quatre autres Français ont été testés négatifs, mais restent néanmoins hospitalisés pour un minimum de quinze jours. Ils sont maintenus dans des chambres équipées de systèmes de ventilation spécifiques, destinés à prévenir toute diffusion du virus. Au total, 22 cas contacts ont été identifiés sur l’ensemble du territoire français.
La France n’est pas le seul pays à déplorer des cas parmi ses ressortissants rapatriés. Un passager américain a été confirmé porteur du virus lors de son vol de retour vers les États-Unis. Un passager espagnol a lui aussi été déclaré positif par les autorités de Madrid, bien qu’il demeure pour l’heure asymptomatique. D’autres patients ont par ailleurs été hospitalisés aux Pays-Bas, en Afrique du Sud et en Suisse.
L’Andes virus : la seule souche hantavirus à transmission interhumaine
L’hantavirus impliqué dans cette crise n’est pas une souche ordinaire. Le virus Andes (Andes virus, ANDV) est, à ce jour, le seul hantavirus documenté capable de se transmettre d’un être humain à un autre. Tous les autres variants connus ne se propagent que des rongeurs vers l’homme, généralement par inhalation de particules contaminées par leurs excréments.

Cette caractéristique le rend particulièrement préoccupant, même si la transmission interhumaine n’est observée qu’au terme de contacts étroits et prolongés. C’est précisément ce type de promiscuité — inhérent à la vie en communauté fermée à bord d’un navire sur plusieurs semaines — qui a pu favoriser la propagation au sein du MV Hondius.
Sur le plan clinique, la maladie débute par un syndrome grippal — fièvre, fatigue, douleurs musculaires —, avant de pouvoir évoluer rapidement vers une inflammation pulmonaire sévère susceptible d’entraîner une défaillance cardiorespiratoire. Il n’existe à ce jour ni traitement spécifique ni vaccin. La période d’incubation peut atteindre 42 jours, ce qui complique considérablement la surveillance des personnes exposées.
Qu’est-ce que l’hantavirus ?
Les hantavirus sont une famille de virus transmis principalement par des rongeurs infectés, via l’inhalation de poussières contaminées par leurs urines ou excréments. Ils provoquent deux formes graves de maladie : la fièvre hémorragique avec syndrome rénal en Eurasie, et le syndrome cardiopulmonaire en Amérique. Le virus Andes, présent en Amérique du Sud, est le seul de la famille pour lequel une transmission interhumaine a été scientifiquement documentée à ce jour.
Décret d’urgence et réunion de crise : la France mobilise son dispositif sanitaire
Face à cette situation inédite, le gouvernement français a activé rapidement son arsenal sanitaire. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a publié un décret le 11 mai, détaillant le protocole applicable aux personnes ayant séjourné à bord du MV Hondius, à leurs contacts sur le territoire français, ainsi qu’aux contacts des cas confirmés.

Ce texte prévoit notamment une quarantaine de 42 jours pour les personnes identifiées comme contacts à haut risque — une durée alignée sur la période d’incubation maximale du virus Andes. Les contacts à risque plus faible font l’objet d’un suivi passif. Une réunion de crise a par ailleurs été annoncée pour l’après-midi du 11 mai par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.
Du côté de l’Organisation mondiale de la santé, le message est celui de la vigilance sans alarmisme. L’OMS maintient que le risque pour la population mondiale reste « faible ». Sylvie Briand, scientifique en chef de l’institution, a insisté sur le fait que la situation est « totalement différente » de celle du Covid-19 : le virus Andes ne se transmet pas facilement entre humains et ne présente pas, en l’état, les caractéristiques d’un risque pandémique. Aucune restriction de voyage n’est recommandée.
L’affaire du MV Hondius rappelle que les risques sanitaires émergents peuvent surgir dans des contextes inattendus, loin des zones de surveillance habituelles. Si la France gère pour l’heure une situation maîtrisée — un seul cas confirmé, des contacts identifiés, un protocole activé —, les prochaines semaines seront décisives. La fenêtre d’incubation de 42 jours du virus Andes laisse ouverte la possibilité d’apparition de nouveaux cas parmi les rapatriés et leurs proches. Les autorités sanitaires et l’OMS appellent à la vigilance sans céder à la panique : surveiller, isoler, soigner — sans confondre cette crise localisée avec une menace pandémique généralisée.
