Les échanges entre particuliers, eux, ne sont pas visés par ce règlement. Vendre un bien à un ami ou rembourser un proche en billets restera libre au niveau européen — du moins tant qu’aucun professionnel n’intervient dans la transaction.
Pourquoi le cash est dans le viseur de l’UE
Les paiements en espèces, anonymes par nature, sont l’un des vecteurs privilégiés du blanchiment de capitaux en Europe. L’Union européenne renforce progressivement son arsenal législatif sur ce terrain depuis les années 1990, mais c’est la première fois qu’un plafond unifié s’applique à l’ensemble des Vingt-Sept membres. Le règlement 2024/1624 s’inscrit dans un paquet législatif plus large, qui comprend également la création de l’AMLA et le renforcement des obligations de vigilance pour les acteurs financiers.
La France déjà en avance : un plafond à 1 000 € depuis 2015
Pour les consommateurs français, ce nouveau règlement européen ne changera quasiment rien au quotidien. La France encadre les paiements en espèces de manière bien plus stricte que le seuil européen depuis 2015, date à laquelle le gouvernement a abaissé le plafond applicable aux transactions entre un particulier et un professionnel de 3 000 à 1 000 euros — une décision prise dans le contexte sécuritaire qui a suivi les attentats de janvier de cette même année.

La nouvelle règle européenne constitue un plafond maximal : les États membres peuvent conserver, voire instaurer, des seuils plus bas. La France n’est donc en aucun cas contrainte de relever son propre plafond à 1 000 euros pour l’aligner sur les 10 000 euros communautaires.
Des exceptions au plafond français existent néanmoins. Les personnes non bancarisées — qui n’ont pas accès à un compte en banque — peuvent régler des montants plus élevés sous certaines conditions. Les touristes étrangers non-résidents en France bénéficient, eux, d’un plafond relevé à 10 000 euros, désormais en cohérence avec la réglementation européenne qui entrera en vigueur dans deux ans.
Une Europe à deux vitesses : pourquoi l’harmonisation était urgente
Avant l’adoption de ce règlement, les disparités entre États membres étaient frappantes. D’un côté, des pays comme la Grèce (500 €), la France et l’Espagne (1 000 €), le Danemark (2 700 €), le Portugal et la Lituanie (3 000 €) ou encore l’Italie (5 000 €) imposaient des limites claires. De l’autre, l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas n’imposaient aucun plafond sur les paiements en liquide.

Cette hétérogénéité créait des opportunités d’arbitrage exploitées par les réseaux criminels. Des sommes importantes pouvaient être réglées en billets dans les pays les plus permissifs, sans le moindre contrôle, avant d’être réintégrées dans l’économie légale. C’est précisément ce type de faille systémique que le règlement européen cherche à combler.
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