📌 Meurtre d’Agnès Lassalle : 15 ans de réclusion pour l’élève qui l’a tuée en plein cours
Posted 25 avril 2026 by: Admin
Le 24 avril 2026, la cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques a condamné Tom P. à quinze ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa professeure d’espagnol, Agnès Lassalle, poignardée en plein cours à Saint-Jean-de-Luz le 22 février 2023. Ce verdict, légèrement inférieur aux seize ans requis par le parquet général, clôt trois années d’une procédure judiciaire dominée par un débat psychiatrique inédit sur la responsabilité pénale de l’accusé, mineur au moment des faits.
En bref
- —Agnès Lassalle tuée d’un coup de couteau en classe, février 2023
- —Trois expertises psychiatriques aux conclusions contradictoires
- —15 ans prononcés, un an de moins que la peine requise
22 février 2023 : le jour où une salle de classe est devenue une scène de crime
Ce matin-là, au collège-lycée privé catholique Saint-Thomas-d’Aquin de Saint-Jean-de-Luz, rien ne laisse présager le drame. Les élèves de seconde sont en cours d’espagnol, comme n’importe quel autre jeudi. Puis Tom P., 16 ans, se lève soudainement de sa chaise.

Selon les témoignages recueillis lors de l’enquête, l’élève bloque la porte de la salle, sort un couteau de cuisine dissimulé dans un rouleau d’essuie-tout, et frappe Agnès Lassalle à la poitrine d’un geste décrit par les témoins comme « rapide, fluide, sans hésitation ». Les autres élèves fuient. L’accusé rejoint alors une salle adjacente, où le personnel de l’établissement le retient jusqu’à l’arrivée de la police. Les secours ne peuvent rien faire pour sauver l’enseignante.
Agnès Lassalle avait 53 ans. Elle enseignait l’espagnol au sein de cet établissement depuis 1997, soit plus d’un quart de siècle passé auprès des élèves du Pays basque. Son assassinat provoque un traumatisme national : le lendemain, une minute de silence est observée dans l’ensemble des établissements scolaires français.
Le profil de l’accusé : un adolescent fragilisé, entre souffrance psychique et voix intérieures
Avant les faits, Tom P. est décrit par ses camarades comme « intelligent, travailleur, solitaire », maladroit dans ses relations avec les autres. Rien dans son comportement apparent ne trahit une dangerosité particulière. Il n’a aucun antécédent judiciaire.

Pourtant, quatre mois avant le meurtre, en octobre 2022, l’adolescent avait tenté de mettre fin à ses jours en ingérant des médicaments. Il était depuis lors suivi par un psychiatre et traité par antidépresseurs. Une fragilité documentée, qui jouera un rôle central dans les débats lors du procès.
Lors de sa garde à vue, Tom P. déclare avoir été « possédé » et avoir entendu « une petite voix » le poussant vers le mal. Il reconnaît également nourrir une animosité envers sa professeure d’espagnol, qu’il tient responsable de ses mauvaises notes. Il évoque aussi avoir subi du harcèlement dans son précédent établissement scolaire.
Au fil de la procédure, trois experts psychiatres se succèdent et aboutissent à des conclusions radicalement opposées : le premier conclut à une pleine responsabilité pénale ; le deuxième retient une altération du discernement sans l’abolir ; le troisième, dont le rapport est rendu en novembre 2024, estime que l’adolescent souffrait au moment des faits d’un épisode psychotique sévère ayant aboli son discernement, évoquant un trouble anxieux grave et notant que le traitement médicamenteux prescrit aurait pu contribuer à des troubles de la personnalité.
Trois jours de procès à huis clos : la bataille autour du discernement
Le procès s’ouvre le 21 avril 2026 à Pau, devant la cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques. En raison de la minorité de l’accusé au moment des faits, les débats se tiennent à huis clos, sans presse ni public. Tom P., aujourd’hui âgé de 19 ans, comparaît libre de ses antécédents judiciaires, mais face à une accusation d’assassinat.

L’enjeu juridique est central : dans quelle mesure Tom P. était-il capable de comprendre la portée de ses actes au moment où il a frappé ? C’est cette question du discernement qui structure l’ensemble des débats, opposant les conclusions des trois experts psychiatres et déterminant le quantum de peine applicable.
La troisième et dernière expertise, rendue en novembre 2024, est la plus favorable à l’accusé : elle plaide pour une abolition totale du discernement, ce qui aurait pu conduire à une irresponsabilité pénale. Le parquet général refuse toutefois cette lecture des faits. L’avocate générale requiert seize ans de réclusion criminelle, estimant que la gravité des actes — commis de sang-froid, devant des témoins, contre une enseignante dans l’exercice de ses fonctions — justifie une peine ferme et significative.
La justice des mineurs en France
En France, un mineur reconnu coupable d’un crime ne peut être condamné à la réclusion à perpétuité. La peine maximale applicable est de vingt ans de réclusion criminelle pour les crimes les plus graves. La cour d’assises des mineurs, juridiction spécialisée, statue obligatoirement à huis clos lorsque l’accusé était mineur au moment des faits, afin de protéger son identité et de favoriser sa réinsertion.
15 ans de réclusion : la cour tranche entre responsabilité et circonstances atténuantes
Le 24 avril 2026 au soir, après la plaidoirie de la défense, la cour rend son verdict : quinze ans de réclusion criminelle. La peine est inférieure d’un an à celle réclamée par le ministère public. La cour ne retient ni la pleine responsabilité, ni l’abolition totale du discernement, mais une position intermédiaire : une altération du discernement, suffisante pour atténuer la sanction sans exonérer l’accusé de sa culpabilité.

Dans sa décision, la cour reconnaît la « gravité incontestable » des faits, soulignant qu’ils ont été commis en plein cours, sous les yeux d’autres élèves, contre une enseignante dévouée. Cette gravité justifie, aux yeux des juges, une peine longue malgré les circonstances psychiatriques.
À titre de comparaison, la peine maximale théoriquement encourue par Tom P. s’élevait à vingt ans de réclusion criminelle — réduction légale appliquée en raison de sa minorité au moment du passage à l’acte, la réclusion à perpétuité ne pouvant être prononcée contre un mineur.
Le verdict rendu à Pau le 24 avril 2026 referme le volet judiciaire d’une affaire qui a profondément marqué la communauté éducative française. Pour la famille d’Agnès Lassalle, le procès aura au moins apporté une réponse pénale claire. Pour Tom P., condamné à quinze ans de réclusion, la peine devra s’accompagner d’un suivi psychiatrique dont la nécessité n’a jamais été contestée par aucune des parties. Au-delà du drame individuel, cette affaire a ouvert un débat durable sur la détection de la souffrance psychique chez les adolescents scolarisés, et sur les dispositifs d’alerte au sein des établissements scolaires. Une rue de Saint-Jean-de-Luz porte désormais le nom d’Agnès Lassalle, inaugurée en octobre 2025 — hommage discret à une enseignante dont la mort a changé le regard de tout un pays sur la sécurité à l’école.










