📌 Mort à 29 ans dans un HLM moisi : la justice reconnaît la responsabilité du bailleur
Posted 20 avril 2026 by: Admin
À Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor, Kantin est mort en juillet 2024 à l’âge de 29 ans des suites d’une pleurésie contractée deux ans plus tôt dans son appartement HLM envahi de moisissures. Sa mère, Chantal Callet, se bat depuis pour faire reconnaître la responsabilité du bailleur social. En février 2026, un juge a admis un lien partiel entre les conditions de logement et la dégradation de l’état de santé de son fils — une décision jugée insuffisante par la famille.
En bref
- —Kantin, 29 ans, mort d’une pleurésie en 2024 à Saint-Brieuc
- —Son HLM : plafond et murs entièrement envahis de moisissures
- —Le bailleur condamné à verser 11 850 € en février 2026
Un jeune homme sans antécédents médicaux, emporté à 29 ans
Kantin n’avait jamais souffert du moindre problème de santé avant d’habiter cet appartement HLM de Saint-Brieuc avec sa mère Chantal Callet et son frère. Étudiant à l’université, il pratiquait régulièrement du sport. Rien ne laissait présager le drame qui allait suivre.

Progressivement, son état s’est dégradé. Les difficultés respiratoires se sont aggravées au point de l’empêcher d’assister à ses cours. « Il n’arrivait même plus à aller à l’université, au niveau respiratoire ça n’allait plus », raconte sa mère. Atteint d’une pleurésie — une inflammation grave des membranes entourant les poumons — il a été hospitalisé.
À l’hôpital Yves Le Foll de Saint-Brieuc, où il est décédé en juillet 2024, Kantin ne pesait plus que 40 kilogrammes pour 1,82 mètre. Il avait 29 ans.
Des moisissures partout, des alertes sans réponse
L’appartement HLM que la famille Callet occupait était dans un état alarmant. « Sa chambre, le plafond, les murs, tout était moisi », décrit Chantal. L’absence totale de ventilation aggravait la prolifération : « Les microbes envahissaient carrément la pièce. Les murs étaient imprégnés. »

La mère de famille a tout tenté pour assainir le logement par ses propres moyens. « J’avais beau nettoyer, lessiver à la javel, ça revenait sans cesse », témoigne-t-elle. Ces nettoyages répétés ne pouvaient pas venir à bout d’une dégradation structurelle que seul le bailleur avait le pouvoir de traiter durablement.
Chantal Callet affirme avoir alerté le bailleur social à de nombreuses reprises, sans jamais obtenir de réponse ni de travaux. Face à ce silence, sa décision s’est imposée : « Je me suis dit que j’allais me battre jusqu’au bout. Hors de question de laisser passer ça. Il fallait les conduire au tribunal. »
Les obligations légales du bailleur social
En France, tout bailleur — social ou privé — est légalement tenu de louer un logement décent, c’est-à-dire exempt de risques manifestes pour la sécurité et la santé des occupants. Lorsque l’humidité ou les moisissures résultent d’un défaut structurel du bâtiment, la responsabilité incombe au propriétaire, qui doit réaliser les travaux nécessaires. Le locataire peut signaler la situation à l’Agence régionale de santé (ARS), saisir un conciliateur de justice ou, en dernier recours, porter l’affaire devant le tribunal.
Une décision judiciaire notable, mais une indemnisation jugée dérisoire
En février 2026, le juge des contentieux de la protection a reconnu que l’aggravation de l’état de santé de Kantin était « en partie imputable aux problèmes d’humidité de l’appartement ». C’est la première fois dans cette affaire qu’un lien juridique est établi entre le logement insalubre et la maladie.

Le bailleur social a été condamné à verser 11 850 euros à Chantal Callet en réparation du préjudice subi. Une somme que la famille et ses soutiens estiment très loin de refléter la gravité du drame.
Pour Chantal Callet, le combat ne s’arrête pas là. « On lui a pris sa vie parce qu’un office HLM n’a pas rénové son appartement correctement », dit-elle. Elle souhaite que cette procédure serve d’avertissement et contribue à prévenir d’autres drames similaires dans des logements sociaux dégradés.
Trois millions de logements insalubres : une crise sanitaire silencieuse
Le cas de Kantin n’est pas isolé. En France, environ 3 millions de logements sont considérés comme insalubres, et plus d’un quart des habitations souffrent de problèmes d’humidité chronique. Des chiffres qui font de l’habitat indigne l’une des premières causes de pathologies respiratoires dans le pays.

Les moisissures prolifèrent dès que le taux d’humidité dépasse 65 % — seuil dépassé dans près de 70 % des logements insalubres. Chaque année, plus de 20 000 hospitalisations pour maladies respiratoires sont directement attribuées à l’insalubrité des logements selon les données disponibles.
Le cadre légal est pourtant clair : tout bailleur social est tenu de fournir un logement décent et exempt de risques pour la santé de ses occupants. En cas de manquement, les locataires peuvent saisir l’Agence régionale de santé, un conciliateur de justice ou les tribunaux. Mais ces procédures sont longues, complexes et épuisantes — comme en témoigne l’éprouvant parcours de Chantal Callet.
L’affaire Kantin met en lumière les failles d’un système où des locataires de logements sociaux dégradés peinent à faire valoir leurs droits face à des bailleurs peu réactifs. Si la décision de février 2026 constitue un précédent judiciaire notable — en établissant pour la première fois un lien entre un logement insalubre et la mort d’un locataire — la famille estime que l’indemnisation accordée est loin d’être à la hauteur du préjudice. Pour Chantal Callet, le véritable enjeu est désormais celui de la prévention : que le nom de son fils serve à protéger d’autres vies, et que les bailleurs sociaux soient contraints d’agir bien avant que le drame ne survienne.










