📌 Pascal Praud rattrapé par un reportage de 1988 : la séquence avec des joueurs noirs du FC Nantes qui fait polémique
Posted 18 février 2026 by: Admin

Pascal Praud en 1988 : Quand un Reportage sur le FC Nantes Révèle l’Impensable
Trente-huit ans. C’est le temps qu’il a fallu pour qu’une archive bouleversante refasse surface et embrase la toile. En février 2026, le documentaire Des cris dans le stade, enquête sur le racisme dans le football, diffusé sur France Télévisions, exhume un reportage signé Pascal Praud, daté du 31 juillet 1988, consacré au FC Nantes.
Dans cet extrait, le journaliste — aujourd’hui figure incontournable des médias français — commente la nouvelle composition de l’équipe nantaise avec des métaphores qui glacent. « Le FC Nantes a viré de bord depuis deux ans, mais aussi viré de couleur. Le drapeau jaune flottait sur le championnat, puis l’avenir est devenu sombre et six de ses titulaires sont noirs pour effacer les nuits trop blanches de la saison passée », lâche-t-il à l’antenne, sans détour.
Des mots prononcés en direct, devant des millions de téléspectateurs, sans qu’aucune voix ne s’y oppose. Ce qui frappe, en redécouvrant cette séquence, ce n’est pas seulement la brutalité des termes employés, mais leur banalité assumée. Le racisme y circulait librement, habillé en figure de style, dissimulé derrière le registre sportif.
La séquence provoque aujourd’hui un émoi immédiat sur les réseaux sociaux, où l’indignation se mêle à la sidération. Car au-delà des mots, c’est l’ensemble du dispositif du reportage qui interpelle — et ce que l’on y découvre dépasse largement le simple commentaire.

Une Mise en Scène qui Dépasse les Mots : Des Joueurs Forcés à Descendre d’un Arbre
Car si les métaphores verbales de Pascal Praud suffisaient à choquer, le dispositif visuel du reportage révèle une violence d’une autre nature. Au-delà du commentaire, c’est la scénographie elle-même qui constitue le document accablant.
Dans cet extrait archivé, Antoine Kombouaré, Marcel Desailly, Thierry Bonalair et Boris Diecket — quatre athlètes professionnels au sommet de leur discipline — devaient descendre d’un arbre avant de se présenter à la caméra. Une mise en scène délibérée, construite, validée par une équipe de production entière. Pas un accident. Un choix éditorial.
Ce détail, documenté dans le film Des cris dans le stade, transforme l’extrait en quelque chose de plus troublant qu’un simple dérapage verbal. Ces joueurs n’y existent pas comme des sportifs de haut niveau : ils y sont réduits à de simples figurants d’un imaginaire raciste que personne, à l’époque, ne songeait à questionner.
C’est précisément cette banalisation qui sidère en 2026. Non pas qu’un individu ait tenu des propos choquants, mais qu’un reportage entier — réalisé, monté, diffusé sur une grande chaîne nationale — ait pu reposer sur de tels fondements sans susciter la moindre objection.
La violence n’était pas dans les mots seuls : elle était structurelle, construite image par image, et rendue acceptable par le regard collectif d’une époque. Un mécanisme que les experts du documentaire vont décortiquer avec une précision glaçante.

L’Historien Pascal Blanchard Décrypte : « Ils Viennent de l’Arbre, Comme les Singes »
C’est précisément ce mécanisme que Pascal Blanchard, historien spécialiste du racisme colonial, prend le temps de disséquer dans le documentaire. Face à cet extrait, sa réaction mêle stupeur et lucidité analytique.
« Incroyable histoire », lâche-t-il d’abord, avant de reprendre son souffle pour expliquer. Car pour lui, ce micro-extrait n’est pas un simple dérapage : c’est un condensé parfait du racisme ordinaire des années 1980, où tout est dit sans jamais être formulé.
« Vous avez à travers ce micro-extrait la mise en scène, le spectacle, même les mots. ‘Après une saison sombre’, en gros la lumière arrive… Tous les stéréotypes sont là, ils descendent de l’arbre, bien sûr c’est des singes, parce que ça va faire rire, tout le monde comprend », analyse-t-il.
Ce qui rend ce mécanisme particulièrement redoutable, c’est son caractère implicite. Nul besoin de prononcer le mot. L’image suffit. Le public, lui, comprend — et rit. Blanchard pointe cette complicité transgénérationnelle avec une précision glaçante : « Votre génération, ma génération, la génération de mes grands-parents vont parfaitement comprendre le jeu de mots avec les singes, sans qu’il ait besoin de le dire. »
Et d’enfoncer le clou : « Si on les fait sauter de l’arbre, c’est très clair. Ils ne viennent pas d’Afrique, ils viennent de l’arbre, comme les singes. »
Une mécanique du racisme ordinaire, invisible à force d’être normalisée — et dont les victimes elles-mêmes mesuraient rarement la profondeur réelle.

Lilian Thuram et la Leçon Universelle : Subir le Racisme ne Signifie pas le Comprendre
Cette dernière remarque de Blanchard ouvre une question fondamentale : les victimes elles-mêmes mesurent-elles vraiment ce qu’elles traversent ? C’est précisément là qu’intervient Lilian Thuram, dont la prise de parole dépasse le simple témoignage pour atteindre une vérité dérangeante.
Champion du monde 1998, figure engagée contre le racisme depuis plus de deux décennies, Thuram ne réagit pas avec colère. Il réagit avec lucidité. Et cette lucidité est peut-être ce qui frappe le plus.
« Les personnes qui subissent le racisme, très souvent, pensent comprendre le racisme. En fait, non. Lorsque vous subissez le racisme, vous vivez dans la même société qui hiérarchise selon la couleur de la peau », déclare-t-il.
Ce constat est d’une portée considérable. Il signifie que les joueurs filmés en 1988 — Kombouaré, Desailly, Bonalair, Diecket — ont peut-être souri devant cette caméra sans saisir pleinement la violence symbolique qu’on leur infligeait. Parce que cette violence était tellement intégrée dans le tissu social qu’elle en devenait invisible, même pour ceux qui en souffraient.
Trente-huit ans plus tard, le football professionnel a évolué — les sanctions existent, les gestes militants se multiplient. Mais la résurgence de cet extrait en 2026 révèle quelque chose d’essentiel : l’amnésie collective reste le terreau fertile sur lequel le racisme structurel continue de prospérer, souvent à visage découvert.










