Dans les années 2000, Patrick Bruel a cru pendant plusieurs semaines qu’il allait participer à un protocole expérimental autour du Sida — convaincu d’avoir été contacté par le ministre de la Santé en personne. La réalité était tout autre : il venait de tomber dans le piège de l’imitateur Gérald Dahan, victime d’un canular aussi incroyable que jamais diffusé.
En bref
- —Gérald Dahan a imité le ministre de la Santé pour piéger Patrick Bruel
- —Le chanteur a cru à la supercherie pendant plusieurs semaines
- —La vérité est sortie lors d’un dîner avec le vrai ministre
Un chanteur engagé, une cible parfaite
Pour comprendre comment Patrick Bruel a pu croire aussi longtemps à cette supercherie, il faut revenir sur son profil public. Le chanteur est depuis longtemps l’un des artistes français les plus investis dans les causes humanitaires : proche des Restos du Cœur, sensible aux questions de santé publique, il n’a jamais hésité à mettre sa notoriété au service d’actions concrètes.

C’est précisément cette réputation de générosité qui a fait de lui une cible idéale. Lorsqu’une autorité se présente pour lui demander de s’engager dans une grande cause, son réflexe naturel est l’acceptation — pas la méfiance. L’imitateur Gérald Dahan l’avait parfaitement compris.
Gérald Dahan, roi des canulars téléphoniques
Gérald Dahan est un humoriste français spécialisé dans l’imitation de personnalités politiques et médiatiques. Ses canulars téléphoniques, souvent diffusés à la radio ou à la télévision, l’ont rendu célèbre dans les années 2000 et 2010. Il a notamment publié un livre, Tombe les masques, dans lequel il revient sur les coulisses de ses farces les plus marquantes.
La voix du ministre et le vaccin expérimental
Le canular repose sur une mise en scène soigneusement construite. Gérald Dahan, célèbre pour ses imitations bluffantes de personnalités politiques, appelle Patrick Bruel en prenant la voix de Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé. Au téléphone, le faux ministre annonce qu’un vaccin expérimental contre le Sida vient d’être mis au point et qu’il recherche des personnalités publiques prêtes à s’engager dans une grande campagne de sensibilisation.

Patrick Bruel accepte immédiatement. Mais Gérald Dahan pousse la supercherie encore plus loin en abordant les risques inhérents au protocole. « Je suis médecin, il y a 93 % de fiabilité », glisse-t-il, renforçant l’illusion d’un interlocuteur sérieux et compétent. Une phrase anodine pour un imitateur, mais déterminante pour sa victime.
Ce qui distingue ce canular des autres, c’est qu’il n’a jamais été diffusé. Contrairement aux sketches habituels de Gérald Dahan destinés à faire rire le grand public, cet appel est resté dans l’ombre — transformant une blague téléphonique en une épreuve privée aux conséquences bien réelles.
Des semaines d’angoisse et des tensions dans le couple
Après l’appel, Gérald Dahan tente de joindre Patrick Bruel pour lui révéler la vérité. Il tombe sur son répondeur et laisse l’affaire de côté, sans donner suite. De son côté, le chanteur continue de croire que le ministre l’a bel et bien contacté — et commence à envisager sérieusement sa participation à ce protocole expérimental.

Cette conviction dure plusieurs semaines. Pendant ce temps, Patrick Bruel évoque la situation à son entourage proche. Sa femme, apprenant que son compagnon envisage de se faire potentiellement inoculer un virus dans le cadre d’un essai médical, réagit très mal. Selon Gérald Dahan lui-même, l’affaire crée de réelles tensions au sein du couple.
C’est là toute la singularité de ce canular : non diffusé, il est sorti du cadre du spectacle pour s’infiltrer dans la vie privée de sa victime, générant une anxiété et des conflits bien réels autour d’un danger entièrement fictif.
La vérité éclate lors d’un dîner inattendu
Le dénouement survient de façon aussi improbable que le reste de l’histoire. Patrick Bruel croise le vrai Philippe Douste-Blazy lors d’un dîner et lui annonce, dans un élan de franchise, qu’après réflexion il préfère renoncer à participer à l’expérience médicale.

La réaction du ministre est sans équivoque : il ne comprend pas de quoi l’artiste parle. Douste-Blazy fait rapidement le lien avec Gérald Dahan, dont il connaît la réputation et l’habitude d’utiliser sa voix dans des canulars téléphoniques. C’est lui qui révèle à Patrick Bruel la vérité : il a été victime d’une supercherie.
Gérald Dahan a raconté cette anecdote lors d’une interview sur BFM TV. Selon lui, Patrick Bruel lui en a d’abord voulu, avant que les deux hommes ne se retrouvent et que l’imitateur lui raconte d’autres canulars, permettant à l’artiste de tourner la page.
Ce canular — jamais diffusé, jamais revendiqué publiquement à l’époque — illustre les dérives potentielles d’une pratique comique qui, lorsqu’elle reste sans suite, peut s’imposer dans la vie réelle avec des effets durables. Ce qui aurait dû rester une blague téléphonique s’est transformé en semaines d’inquiétude pour Patrick Bruel et en tensions conjugales bien concrètes. L’affaire, révélée bien après les faits sur un plateau de télévision, rappelle qu’une imitation bluffante peut, le temps d’un oubli, basculer du registre du spectacle à celui de la réalité — et que même les convictions les plus sincères peuvent devenir une vulnérabilité.
