Pour Gaspard Koenig, candidat déclaré en 2022, le premier moteur est la lassitude de l’observateur. Son think tank, Génération Libre, défendait des idées qu’il ne trouvait pas dans les partis. « Déçus qu’elles ne soient pas reprises, que les politiques ne nous écoutent pas, on a fait ça pour agir », se remémore-t-il.
Il devine que Natacha Polony est motivée par les mêmes raisons.
« La présidentielle est le seul moment » pour créer un mouvement
Pour les éditorialistes, côtoyer les politiques et défendre ses idées peut donner de l’inspiration, estime Alexandre Eyriès, enseignant-chercheur en communication. Selon lui, Natacha Polony « doit savoir qu’elle est loin de gagner, mais c’est une façon de faire entendre ses idées ».
Le système encourage aussi à saisir cette tribune. « En France, pour créer un mouvement politique, la présidentielle est le seul moment. Hélas », regrette Gaspard Koenig, qui y voit un scrutin entretenant « un rapport très infantile avec la politique », où l’on attend tout de l’exécutif.
Alexandre Eyriès rappelle qu’on décrit souvent l’élection comme « la rencontre entre un peuple et un homme (ou une femme) », avec un côté « messianique ». Il ajoute que la candidature d’Emmanuel Macron, arrivé sans véritable parti, « a décomplexé pas mal de monde ». Le politologue Jean Petaux souligne que la présidentielle reste l’élection préférée des Français et qu’il y a « toujours eu des candidatures d’outsider ».
Réseaux sociaux et ego: la fonction présidentielle désacralisée, selon un politologue
Les réseaux sociaux ont fait le reste. « Ça donne l’impression que du jour au lendemain, on peut toucher tout le monde », note Alexandre Eyriès.
Pour Jean Petaux, c’est une forme de désacralisation de la fonction présidentielle: il n’est plus nécessaire d’avoir un long parcours du combattant pour être candidat. Il y voit aussi « le triomphe d’une société individualiste et son corollaire, le narcissisme des réseaux sociaux », où la campagne devient une tribune pour donner un écho à ses idées.
Faut-il y lire un concours d’ego? Gaspard Koenig ne l’esquive pas: « Le système présidentiel est fondé sur l’ego. Il faut fendre l’armure, être martial, héroïque. »

