Car Gisèle Pélicot a fait un choix délibéré : lever le huis clos. Non par goût de l’exposition, mais par calcul stratégique au service d’une cause qui dépasse son seul cas. Elle le formule sans ambiguïté : « que toutes les femmes qui sont victimes de viol se disent ‘Madame Pélicot l’a fait, on peut le faire’ ».
Son message central touche à la honte — ce mécanisme silencieux qui paralyse les victimes. « Je ne veux plus qu’elles aient honte. La honte, ce n’est pas à nous de l’avoir, c’est à eux. » En quelques mots, elle renverse une dynamique aussi vieille que l’impunité elle-même.
Cette prise de parole historique n’est pourtant que le premier front d’un combat bien plus âpre. Car dans ce même prétoire, Gisèle Pélicot allait devoir affronter quelque chose d’aussi dévastateur : la tentative organisée de la désigner elle-même comme coupable.

« Alcoolique, Complice, Consentante » : la Mécanique de Stigmatisation à l’Œuvre Contre la Victime
Dans ce même prétoire où elle venait de renverser la logique de la honte, Gisèle Pélicot a dû faire face à une offensive d’une autre nature — plus insidieuse, plus calculée.
« On m’a dit que j’étais complice, consentante. On a même essayé de me dire que j’étais alcoolique. Il faut être solide pour être devant cette cour criminelle. » Ces mots, prononcés avec une lucidité glaçante, révèlent la mécanique classique du retournement de culpabilité : transformer la victime en accusée.
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