Pour Juliette, étudiante en sciences de la vie à Bordeaux, la formule est sans équivoque : « À un euro le repas, c’est imbattable. » Elle fréquentait déjà les Crous environ une fois par semaine, mais son budget limité l’empêchait d’y aller plus souvent. Elle fait partie des millions d’étudiants non boursiers qui basculent aujourd’hui vers ce nouveau tarif.
Un dispositif né pendant le Covid
Le repas à un euro avait été instauré pour tous les étudiants durant la crise sanitaire de 2020-2021, en réponse à la forte dégradation de leur situation économique. Après la levée des restrictions, le tarif préférentiel avait été maintenu uniquement pour les boursiers et les étudiants en grande précarité, les autres repassant à 3,30 euros. La généralisation de 2026 s’inscrit donc dans la continuité d’une mesure déjà expérimentée à grande échelle, dont les Crous connaissent bien les effets sur la fréquentation.
Une concession politique arrachée dans le budget 2026
La mesure ne doit pas grand-chose au hasard. En janvier 2026, cherchant à éviter une censure de son gouvernement, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé plusieurs concessions en faveur du pouvoir d’achat réclamées par le Parti socialiste. Le repas à un euro pour tous les étudiants en faisait partie, aux côtés d’autres engagements sur les dépenses sociales.

Les Jeunes Socialistes ont qualifié la mesure de « victoire », saluant l’aboutissement d’une revendication portée depuis plusieurs années par le mouvement étudiant. La Fage, première organisation étudiante, a également accueilli positivement le dispositif, tout en appelant à ce qu’il soit pérennisé au-delà de 2026 et en jugeant l’enveloppe budgétaire insuffisante pour couvrir pleinement les besoins.
Pour 2026, 50 millions d’euros ont été alloués : ils servent à compenser le manque à gagner, à recruter des agents supplémentaires et à investir dans le matériel de restauration. Une enveloppe de 120 millions d’euros est prévue pour 2027, correspondant à une montée en charge progressive du dispositif.
Le risque de saturation qui inquiète les Crous
Le réseau des Crous, avec ses quelque 800 points de vente et ses 7 500 agents, a servi plus de 44 millions de repas en 2025 — déjà en hausse de 1,4 % par rapport à l’année précédente. La généralisation du dispositif va mécaniquement accroître cette pression sur des structures déjà sollicitées.

La présidente du Cnous, Bénédicte Durand, a mis en garde contre un « risque de saturation » à plusieurs niveaux : capacité d’accueil, files d’attente, quantité de repas à servir, zones de stockage. Le problème est structurel : plus de 50 % des passages en caisse au niveau national se concentrent entre 12 heures et 13 heures, dans des établissements déjà sous tension aux heures de pointe.
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