Pour faire face, le gouvernement a prévu le recrutement de 204 emplois équivalents temps plein supplémentaires, un chiffre calculé sur une hypothèse de hausse de fréquentation de 12 % de la part des non-boursiers. Mais du côté des syndicats, le compte n’y est pas. La CGT a déposé un préavis de grève couvrant la période d’avril à septembre, et les organisations de personnel réclamaient 90 millions d’euros — soit près du double de l’enveloppe accordée. Raymond Rivière, secrétaire fédéral de la CFDT, dénonce de son côté une « intensification du travail » préoccupante pour les agents.
Les craintes pour les boursiers et les inconnues de la rentrée
L’une des préoccupations majeures exprimées par le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, concerne précisément les étudiants boursiers. Il a insisté pour que le « public boursier reste un public prioritaire » et mis en garde contre un « effet d’éviction » : si les restaurants affichent complet ou que les files d’attente découragent, ce sont souvent les plus précaires — pour qui le repas au Crous est vital — qui risquent de se retrouver pénalisés.

L’Union étudiante partage cette inquiétude, craignant que certains Crous, faute de moyens suffisants, mettent en place des « mécanismes de compensation » qui videraient la mesure de son sens. Des exemples concrets existent déjà : les Crous de Rennes et de Mulhouse ont annoncé mettre fin au service de repas à emporter, pour mieux absorber l’afflux en salle.
La généralisation intervient en période creuse, et ce n’est pas anodin. Les semaines à venir constituent un test grandeur nature dans des conditions volontairement favorables : les effectifs étudiants sont réduits en mai. C’est à la rentrée de septembre 2026, avec une fréquentation nettement plus élevée, que le dispositif sera véritablement mis à l’épreuve.
Saluée par les étudiants et revendiquée comme une victoire par la gauche, la généralisation du repas à un euro constitue une avancée réelle pour le pouvoir d’achat étudiant. Mais entre une enveloppe budgétaire jugée insuffisante par les syndicats, des infrastructures déjà sous tension aux heures de pointe et le risque d’éviction des boursiers, la mesure arrive avec ses propres fragilités. Les prochaines semaines serviront de répétition générale dans des conditions favorables. La vraie épreuve, elle, est programmée pour septembre.
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