Les données historiques confirment son jugement. Lorsque Nicolas Sarkozy arrive à l’Élysée en mai 2007, la dette publique s’élève à environ 1 253 milliards d’euros, représentant 64,5 % du PIB. À la fin de son quinquennat, en 2012, elle atteint 1 869 milliards d’euros, soit 90,6 % du PIB. En cinq ans, la dette a progressé de plus de 616 milliards d’euros, et le ratio dette/PIB a bondi de près de 26 points.
La crise de 2008 : explication réelle, justification partielle
Pour comprendre cette envolée, le contexte international est incontournable. Le quinquennat Sarkozy a été traversé de plein fouet par la crise financière mondiale : le déficit annuel de la France est passé de 2,6 % du PIB en 2007 à 7,2 % du PIB en 2009. L’État a mobilisé un plan de relance de 35 milliards d’euros pour soutenir l’économie, stabiliser les banques et éviter un effondrement en cascade.

Selon une analyse de The Conversation fondée sur les données de l’INSEE, environ 52 % de la hausse du ratio dette/PIB entre 2007 et 2012 est imputable à des facteurs conjoncturels — la récession, la chute des recettes fiscales, la montée automatique de certaines dépenses sociales. Ce chiffre illustre le poids réel de circonstances que le gouvernement ne pouvait pas maîtriser.
Mais il signifie aussi que les 48 % restants découlent de choix politiques : dépenses discrétionnaires, allègements fiscaux, arbitrages budgétaires. À titre de comparaison, sous la présidence de Jacques Chirac (1995-2007), le ratio dette/PIB n’avait progressé que de 9 points en dix ans. Sous Sarkozy, il en a pris 25 en cinq ans — avec ou sans crise, l’écart reste saisissant.
Dette ou déficit : ne pas confondre
La dette publique est le stock total des emprunts contractés par l’État au fil des décennies. Elle ne diminue que si les recettes dépassent les dépenses — ce qui ne s’est pas produit en France depuis 1974. Le déficit, lui, mesure uniquement le déséquilibre budgétaire d’une année donnée. Réduire le déficit ne signifie donc pas réduire la dette : il faut dégager un excédent primaire pour commencer à rembourser le stock accumulé.
Dette et déficit : deux notions que l’on confond trop souvent
Au cœur du malentendu politique se trouve une confusion entre deux concepts distincts. La dette publique est un stock : l’ensemble des emprunts accumulés au fil des années. Le déficit public est un flux : le déséquilibre des comptes sur une seule année. Tant que les dépenses dépassent les recettes — même légèrement —, la dette continue de grossir.

Or, sous Nicolas Sarkozy, le déficit annuel a effectivement été réduit à partir de 2010. Après avoir culminé à 7,1 % du PIB, il a été ramené à 5,2 % du PIB en 2011, soit la plus forte réduction annuelle jamais réalisée par la France à cette époque. C’est précisément sur cette amélioration que certains responsables fondent leur défense du bilan économique de l’ancien président.

