13 mai 2026
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Sarkozy et sa maladie secrète : le phlegmon caché pendant treize ans

Alors que Nicolas Sarkozy comparaît en appel dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne de 2007, un épisode longtemps occulté revient en lumière. En octobre de cette même année, l’ancien chef de l’État a été hospitalisé en urgence au Val-de-Grâce pour un phlegmon amygdalien — une infection grave de la gorge qu’il n’a révélée qu’en 2020, treize ans après les faits, dans ses mémoires.

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En bref

  • Le parquet a requis la condamnation de Sarkozy le 11 mai 2026 en appel.
  • Hospitalisé en urgence au Val-de-Grâce pour un phlegmon en octobre 2007.
  • Silence de treize ans brisé en 2020 dans Le Temps des Tempêtes.

En plein procès libyen : Sarkozy de nouveau sur le banc des accusés

Depuis plusieurs semaines, Nicolas Sarkozy comparaît en appel devant la cour de Paris dans l’affaire du financement présumé de sa campagne présidentielle de 2007 par la Libye. Le 11 mai 2026, l’avocat général Damien Brunet a demandé à la cour de le déclarer coupable d’association de malfaiteurs — la même qualification retenue en première instance, où il avait été condamné à cinq ans de prison ferme.

En plein procès libyen : Sarkozy de nouveau sur le banc des accusés
Image d’illustration © TOPTENPLAY

Le parquet général est allé plus loin encore en appel, requérant sa condamnation sur l’ensemble des chefs d’accusation, y compris la corruption et le financement illégal de campagne dont il avait été relaxé en première instance. Brice Hortefeux et Claude Guéant, jugés à ses côtés, sont également visés par des réquisitions de condamnation.

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Le procès a été marqué par un bras de fer à distance avec Guéant, son ancien secrétaire général de l’Élysée, absent pour raisons de santé. Les deux hommes s’opposent sur la version d’un dîner tenu à Tripoli le 25 juillet 2007 : selon Guéant, c’est Sarkozy en personne qui l’aurait orienté vers Mouammar Kadhafi pour évoquer le cas d’Abdallah Senoussi. L’ex-président réfute catégoriquement cette version.

5 ans
C’est la peine de prison ferme prononcée contre Nicolas Sarkozy en première instance dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007. En appel, le parquet général a requis sa condamnation sur l’ensemble des chefs d’accusation, y compris des chefs dont il avait été relaxé.

Un secret bien gardé : l’aveu tardif dans ses mémoires

Loin du tumulte judiciaire, c’est un épisode d’une tout autre nature qui refait surface. Dans Le Temps des Tempêtes, ses mémoires publiés en juillet 2020, Nicolas Sarkozy a pour la première fois évoqué une hospitalisation d’urgence survenue en octobre 2007, à quelques jours à peine de la finalisation de son divorce avec Cécilia Attias.

Un secret bien gardé : l'aveu tardif dans ses mémoires
Image d’illustration © TOPTENPLAY

L’ancien président raconte avoir ressenti ce qu’il pensait être un simple mal de gorge, contracté lors d’un match de rugby officiel auquel il avait assisté. « J’étais à mille lieues de penser que c’était grave », confiait-il dans une interview accordée à Paris Match. Il explique avoir d’abord refusé l’hospitalisation, avant de comprendre rapidement la gravité du diagnostic posé par les médecins.

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Transféré en urgence au Val-de-Grâce, l’hôpital militaire parisien, il subira deux opérations nocturnes. L’épisode sera si éprouvant que, quelques jours plus tard, lors d’une visite officielle au Maroc, il devra réclamer une demi-heure de repos sur un lit prêté par le roi Mohammed VI. Pendant toute la durée de son quinquennat, cet épisode restera totalement inconnu du public.

Phlegmon amygdalien : une urgence ORL aux risques sous-estimés

Le phlegmon amygdalien — également appelé abcès péri-amygdalien — est une complication grave d’une angine bactérienne non ou insuffisamment traitée. Du pus s’accumule dans les tissus entourant une amygdale, provoquant une pression et une inflammation intenses à l’intérieur de la gorge.

Phlegmon amygdalien : une urgence ORL aux risques sous-estimés
Image d’illustration © TOPTENPLAY

Les symptômes sont caractéristiques et particulièrement invalidants : douleur aiguë souvent d’un seul côté, fièvre élevée, difficultés majeures à avaler, et voix altérée — communément désignée par les médecins comme une « voix de patate chaude ». Dans les cas les plus sévères, l’inflammation peut bloquer partiellement l’ouverture de la bouche, un symptôme appelé trismus.

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Les spécialistes ORL classent cette pathologie parmi les urgences médicales. Sans prise en charge rapide, elle peut évoluer vers une obstruction des voies aériennes ou, dans les cas les plus graves, une septicémie. Le traitement associe une antibiothérapie par voie intraveineuse et, si l’abcès est trop volumineux, un drainage chirurgical — intervention que Nicolas Sarkozy a subie à deux reprises, en pleine nuit, au Val-de-Grâce.

Le président et sa santé : une tradition du secret

En France, la santé des chefs d’État a longtemps relevé du domaine strictement privé. L’exemple le plus célèbre reste celui de François Mitterrand, dont le cancer de la prostate, diagnostiqué dès 1981, n’a été révélé au public qu’en 1992. Le cas de Sarkozy s’inscrit dans cette même tradition de discrétion médicale, même si l’épisode du phlegmon n’engageait pas son pronostic vital à long terme.

L’homme derrière le président : quand fragilité personnelle et exercice du pouvoir se croisent

En octobre 2007, Nicolas Sarkozy traversait l’une des périodes les plus intenses de sa vie. À peine six mois après son élection, son divorce avec Cécilia Attias devenait définitif — un épisode qu’il décrit comme particulièrement douloureux dans ses mémoires. C’est dans ce contexte de double fragilité, intime et physique, que le phlegmon l’a terrassé.

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L'homme derrière le président : quand fragilité personnelle et exercice du pouvoir se croisent
Image d’illustration © TOPTENPLAY

L’image qu’il projetait alors au public était pourtant celle d’un chef d’État hyperactif et invulnérable. Que l’hospitalisation soit restée secrète pendant plus de treize ans illustre la capacité des institutions à préserver la vie médicale des présidents de la République, loin de toute transparence publique.

Ce n’est qu’avec la publication de Le Temps des Tempêtes que Sarkozy a accepté de lever le voile sur cet épisode. Une décision de confidence qui contraste avec la discrétion absolue observée pendant l’exercice du pouvoir, et qui témoigne d’une volonté, à distance de la vie politique active, de livrer enfin une version plus personnelle de son quinquennat.

L’affaire du phlegmon de Nicolas Sarkozy illustre la frontière qui sépare encore souvent, en France, la santé des dirigeants de l’information publique. Révélé treize ans après les faits dans ses propres mémoires, cet épisode rappelle que derrière les présidents en exercice se cachent parfois des crises médicales soigneusement tues par les institutions. Alors que Sarkozy fait face, en mai 2026, à la perspective d’une condamnation définitive dans l’affaire libyenne, cette confidence tardive dresse le portrait d’un homme confronté simultanément, en 2007, à l’isolement personnel, à la maladie, et aux premières tempêtes d’un mandat qu’il avait voulu conquérant.

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