
Pour illustrer le danger de ces phrases, elle recourt à une image frappante : «C’est comme un microbe enrobé de sucre. D’apparence inoffensive, mais aux conséquences durables.» L’exemple le plus répandu qu’elle cite est la phrase «Tu es si intelligent», entendue dans de nombreuses familles sans que les parents en mesurent l’impact réel.
«Tu es si intelligent» : pourquoi cette phrase pousse les enfants à fuir les défis
Selon le Dr Koslowitz, dire à un enfant qu’il est «si intelligent» lui envoie un message précis : cette qualité est innée, elle ne se travaille pas. «Lorsqu’un enfant est félicité pour être ‘si intelligent’ ou ‘un tel génie’, il commence à intérioriser l’idée que c’est le fait d’être naturellement bon qui mérite l’approbation», résume-t-elle.

En grandissant, ces enfants développent une tendance à refuser les défis qu’ils ne sont pas certains de relever. Plutôt que d’essayer et de risquer l’échec, ils préfèrent éviter les difficultés pour préserver l’image d’eux-mêmes construite sur ce compliment. La psychologue souligne que ces mots «apprennent aux enfants que leur valeur est quelque chose qu’ils n’ont pas mérité et qu’ils ne peuvent pas contrôler».
L’enjeu est donc concret : un enfant habitué à être défini par une intelligence supposément naturelle peut se retrouver paralysé face à toute situation d’apprentissage où la réussite n’est pas garantie d’avance.
La «mentalité de croissance» en psychologie de l’enfant
Depuis les travaux de la psychologue Carol Dweck dans les années 2000, de nombreux spécialistes du développement de l’enfant distinguent deux façons de se percevoir : la «mentalité fixe», où les capacités sont vues comme innées, et la «mentalité de croissance», où elles se développent par l’effort. Les recherches dans ce domaine montrent que les enfants encouragés sur leurs efforts obtiennent de meilleurs résultats à long terme que ceux félicités pour leur intelligence.
«Tu es si jolie», «l’artiste de la famille» : d’autres étiquettes qui enferment
Le compliment sur l’intelligence n’est pas le seul visé par la psychologue. La phrase «tu es si jolie», fréquemment adressée aux petites filles, produit un effet similaire : selon le Dr Koslowitz, elles ont alors tendance «à associer le fait d’être aimable à la beauté», ce qui peut peser durablement sur leur rapport à leur apparence et à leur valeur personnelle.

Les étiquettes identitaires posent un problème comparable. Une formule comme «tu es l’artiste de la famille» peut sembler valorisante, mais elle enferme l’enfant dans un rôle qu’il n’a pas nécessairement choisi. «Dès qu’on leur colle une étiquette, on leur complique la tâche pour explorer qui ils sont encore en train de devenir», explique la spécialiste.
Elle va plus loin dans l’analyse : «L’identité devient une performance. Explorer est vécu comme une trahison.» Un enfant étiqueté «le sportif» ou «le sage» de la fratrie peut ainsi se sentir incapable de s’aventurer hors de ce cadre sans décevoir les attentes de son entourage.
Articles suggérés
Dotation, chauffeur, cabinet: ce que coûte vraiment un ex-président français
En France, les anciens présidents de la République ne perçoivent pas une retraite classique mais une dotation à vie fixée par une loi datant…

