17 mai 2026
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Vacances scolaires : le ministre propose de réduire l’été à 4 ou 6 semaines, enseignants et directions s’opposent et pointent les vraies difficultés

Image d'illustration © TopTenPlay
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La Proposition Controversée Du Ministre Et Ses Délais

Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a franchi un cap lundi 9 février sur RTL. Les vacances d’été dans le secondaire pourraient être réduites de huit à quatre ou six semaines dans les prochaines années. Une annonce qui provoque une levée de boucliers immédiate chez les enseignants et personnels de direction.

Le calendrier politique affleure derrière cette déclaration. Si le ministre exclut toute réforme en 2026, il affirme sans détour que « c’est une vraie question de 2027 » – échéance de la prochaine élection présidentielle. Cette proposition s’inscrit dans la droite ligne des déclarations récentes d’Emmanuel Macron. Dans une interview à Brut, le chef de l’État avait plaidé pour des journées « plus courtes » au collège et au lycée, en contrepartie de vacances « plus courtes ». Le président envisageait déjà une rentrée dès le mois d’août et une fin des cours repoussée en juillet.

Cette vision n’est pas nouvelle sous le quinquennat. En 2023, Emmanuel Macron évoquait « trop de vacances » et suggérait une reprise dès le 20 août pour les élèves en difficulté. Aujourd’hui, son ministre de l’Éducation concrétise cette ambition avec un horizon temporel précis. Une stratégie qui cristallise immédiatement l’opposition du terrain éducatif, unanime dans son rejet.

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L’Opposition Unanime Du Terrain : Arguments Climatiques Et Infrastructurels

Les professionnels de l’éducation opposent une fin de non-recevoir à cette réforme. « On a déjà du mal à faire cours en juin », tranche Jérôme Fournier, professeur d’histoire-géographie et secrétaire national du SE-Unsa. L’argument climatique s’impose comme premier obstacle. En 2019, les épreuves du brevet avaient dû être reportées début juillet à cause d’une canicule. Un précédent qui augure mal d’une année scolaire prolongée en plein été.

Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale de la fédération CFDT Éducation, pointe l’inadéquation des infrastructures. « Les locaux scolaires ne sont pas du tout adaptés. Dans certains établissements du Sud, dès le mois d’avril, il fait trop chaud. » La professeure de sciences économiques et sociales révèle une pratique méconnue : « Il arrive même qu’on demande aux familles de garder leurs enfants si elles le peuvent. »

Deux instances officielles ont déjà tranché contre cette réduction. La Convention citoyenne sur les temps de l’enfant a opté pour le maintien des seize semaines actuelles de congé dans son rapport de novembre dernier. Son verdict : « La réduction des vacances d’été n’est pas compatible avec les conditions climatiques, en particulier à cause de la chaleur. » La commission du conseil supérieur de l’éducation, dans son rapport 2024, recommande elle aussi le « maintien de huit semaines de vacances pleines en juillet et août ». Des avis consultatifs que le gouvernement semble prêt à balayer.

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La Réalité Méconnue Du Travail Enseignant Et Les Zones D’Ombre

Au-delà des obstacles climatiques, une question centrale reste sans réponse : « Et pour les enseignants, quelle compensation ? » s’interroge Jérôme Fournier. Le ministre évoque une réduction des vacances estivales sans préciser les contreparties pour les personnels. « Concrètement, cela signifie augmenter le temps de travail pour les personnels, mais rien n’a été annoncé sur ce point », regrette Catherine Nave-Bekhti.

La secrétaire générale de la CFDT Éducation dénonce une méconnaissance du métier : « Il ne faut pas croire qu’ils passent deux mois au bord de la piscine. » Les vacances d’été constituent un temps de travail pour les enseignants, consacré à la préparation de la rentrée, à la formation continue et à la conception des cours.

L’impact administratif s’annonce considérable. Tous les examens nationaux devraient être décalés : brevet, baccalauréat, BTS, CAP. Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du SNPDEN-Unsa, détaille les deux à quatre semaines incompressibles nécessaires aux personnels de direction pour établir les emplois du temps et préparer la rentrée. « Entre le moment où les élèves quittent les établissements et celui où ils reviennent, il y a du travail », rappelle ce proviseur de lycée. Sa conclusion alarmante : « Cela voudrait dire que nous n’aurions plus de vacances. » Une réalité que le discours politique occulte totalement.

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