Deux instances officielles ont déjà tranché contre cette réduction. La Convention citoyenne sur les temps de l’enfant a opté pour le maintien des seize semaines actuelles de congé dans son rapport de novembre dernier. Son verdict : « La réduction des vacances d’été n’est pas compatible avec les conditions climatiques, en particulier à cause de la chaleur. » La commission du conseil supérieur de l’éducation, dans son rapport 2024, recommande elle aussi le « maintien de huit semaines de vacances pleines en juillet et août ». Des avis consultatifs que le gouvernement semble prêt à balayer.

La Réalité Méconnue Du Travail Enseignant Et Les Zones D’Ombre
Au-delà des obstacles climatiques, une question centrale reste sans réponse : « Et pour les enseignants, quelle compensation ? » s’interroge Jérôme Fournier. Le ministre évoque une réduction des vacances estivales sans préciser les contreparties pour les personnels. « Concrètement, cela signifie augmenter le temps de travail pour les personnels, mais rien n’a été annoncé sur ce point », regrette Catherine Nave-Bekhti.
La secrétaire générale de la CFDT Éducation dénonce une méconnaissance du métier : « Il ne faut pas croire qu’ils passent deux mois au bord de la piscine. » Les vacances d’été constituent un temps de travail pour les enseignants, consacré à la préparation de la rentrée, à la formation continue et à la conception des cours.
L’impact administratif s’annonce considérable. Tous les examens nationaux devraient être décalés : brevet, baccalauréat, BTS, CAP. Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du SNPDEN-Unsa, détaille les deux à quatre semaines incompressibles nécessaires aux personnels de direction pour établir les emplois du temps et préparer la rentrée. « Entre le moment où les élèves quittent les établissements et celui où ils reviennent, il y a du travail », rappelle ce proviseur de lycée. Sa conclusion alarmante : « Cela voudrait dire que nous n’aurions plus de vacances. » Une réalité que le discours politique occulte totalement.

L’Argument Des REP Démenti Et La Comparaison Européenne
Cette transformation du temps scolaire repose pourtant sur un argument phare du ministre : pour les élèves des réseaux d’éducation prioritaire, les deux mois de vacances d’été représenteraient « un mois de perte d’apprentissage ». Édouard Geffray précise que ces élèves auraient en juin le niveau du mois de mai. Un raccourci que les syndicats jugent « simpliste ».
« Quelle politique de la jeunesse, quel accompagnement éducatif en dehors du temps scolaire est proposé à ces enfants ? » interroge Catherine Nave-Bekhti. Les enjeux des REP se situent aussi en dehors du temps scolaire, insiste Jérôme Fournier. « L’enjeu, c’est d’enrichir les différents temps. Et pour cela, il faut un budget », complète la secrétaire générale de la CFDT Éducation.
La justification par un excès de vacances ne résiste pas à l’analyse européenne. Selon le réseau Eurydice, la France se classe au septième rang en matière de vacances scolaires. « Nous ne sommes pas du tout le pays qui a le plus de vacances », souligne Bruno Bobkiewicz. « Je ne comprends pas pourquoi ils allument ce feu. »
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