Des limites à ne pas sous-estimer avant la prochaine pandémie
Malgré leur potentiel considérable, les vaccins à ARNm ne constituent pas une solution universelle, du moins dans l’état actuel de la technologie. Certains d’entre eux doivent être conservés dans des congélateurs à très basse température, une contrainte logistique insurmontable dans de nombreuses régions du monde, rappelle Karin Loré, immunologiste à l’Institut Karolinska de Stockholm.

Pour certaines maladies, trouver la bonne cible protéique reste un défi majeur. Le VIH, par exemple, résiste depuis des décennies aux tentatives de mise au point d’un vaccin efficace. « Ils n’ont jamais trouvé la forme de la protéine qui induit une réponse immunitaire fonctionnant vraiment bien pour le VIH », explique Anna Blakney. Les infections bactériennes posent également des difficultés similaires.
Les chercheurs appellent donc à la prudence dans les attentes. « Je ne veux pas donner l’impression que les vaccins à ARNm seront la solution pour tout », nuance Karin Loré. Anna Blakney abonde : « Je ne pense pas que, du jour au lendemain, tous les vaccins vont devenir des vaccins à ARN. »
Pourtant, la préparation aux futures pandémies reste une priorité absolue. Norbert Pardi se prépare à une prochaine épidémie mondiale, qui pourrait être causée par un virus de la grippe. Son avertissement est sans ambiguïté : « Si l’on commence à développer un vaccin au milieu d’une pandémie, il est déjà trop tard. » Il espère que d’autres vaccins à ARNm seront approuvés contre des maladies infectieuses dans les deux prochaines années.
La technologie des vaccins à ARN messager a démontré, avec le Covid-19, une capacité d’adaptation et une efficacité sans précédent dans l’histoire de la vaccinologie. Les pistes ouvertes — vaccin universel contre la grippe, traitements personnalisés contre le cancer, protection contre le VIH ou le paludisme — dessinent un avenir médical potentiellement transformé. Mais les chercheurs s’accordent à rappeler que des obstacles techniques, logistiques et biologiques subsistent. La prochaine grande étape sera sans doute l’approbation de nouveaux vaccins à ARNm contre des maladies infectieuses, attendue dans les années à venir. Une chose est certaine : la pandémie de Covid-19 a considérablement accéléré une révolution scientifique qui était déjà en marche depuis des décennies.

