À Mytholmroyd, petit village du West Yorkshire en Angleterre, les cloches de l’église Saint-Michel n’ont plus sonné depuis plusieurs semaines — une première depuis 1848. Trois habitants se sont plaints de nuisances sonores nocturnes, le conseil municipal a tranché en leur faveur, et un mécanisme centenaire impossible à programmer a fait le reste. Résultat : 177 ans de tradition réduits au silence, et une communauté qui se révolte.
En bref
- —Trois plaintes ont suffi à faire taire 177 ans de sonneries
- —Le vieux mécanisme ne peut être qu’activé ou coupé entièrement
- —Plus de 1 000 habitants ont signé pour rétablir les cloches
177 ans de tradition réduits au silence en une décision
Depuis 1848, les cloches de l’église Saint-Michel de Mytholmroyd marquent chaque quart d’heure, jour et nuit, sans interruption. Ce son, devenu partie intégrante du quotidien de quelque 4 000 habitants, a traversé les générations sans jamais faillir. Jusqu’à ce printemps 2026.

Trois résidents ont déposé une plainte auprès du conseil de Calderdale pour nuisances sonores nocturnes. À leurs yeux, les sonneries toutes les quinze minutes en pleine nuit constituaient une gêne inacceptable, portant atteinte à leur qualité de sommeil. Une plainte jugée recevable par les élus.
Le conseil a émis un arrêté d’abattement sonore, ordonnant à l’église de cesser toute sonnerie entre 23 heures et 7 heures du matin. Danielle Durrans, membre du cabinet municipal, a justifié la décision en évoquant « l’impact substantiel et déraisonnable sur la qualité de vie » des plaignants, précisant que des situations similaires se posent dans de nombreuses communes britanniques.
Comment fonctionne un arrêté d’abattement sonore ?
En Grande-Bretagne, les conseils municipaux disposent du pouvoir d’émettre des arrêtés d’abattement sonore dès lors qu’une nuisance est jugée substantielle et déraisonnable. Le mécanisme ne requiert pas l’unanimité des riverains : quelques plaintes circonstanciées suffisent à déclencher une procédure. C’est précisément ce cadre légal qui a permis au conseil de Calderdale d’imposer sa décision à l’église Saint-Michel, en dépit de l’opposition manifeste de la majorité des habitants.
Un mécanisme centenaire impossible à dompter
La décision du conseil imposait une restriction nocturne. La réalité du terrain l’a transformée en arrêt total. Le mécanisme des cloches de Saint-Michel est d’époque : entièrement mécanique, il ne dispose d’aucune possibilité de programmation horaire. Il ne peut être qu’activé en totalité ou coupé manuellement.

Roy Wrathall, sacristain de l’église depuis neuf ans, a résumé l’impasse avec sobriété : « Nous sommes là pour le bien de tous. Nous faisons ce que dit la loi. La seule façon de respecter cette règle entre 23 heures et 7 heures du matin est d’arrêter complètement les carillons. L’horloge continue de tourner, mais les cloches sont muettes. »
Une solution technique existe pourtant : un mécanisme automatisé et programmable permettrait de restreindre les sonneries aux seules heures autorisées. Son installation représente un coût de 2 500 livres sterling, soit environ 3 000 euros — une somme que l’église n’est pas en mesure de mobiliser immédiatement. En attendant un financement, le silence s’est imposé par défaut.


