En novembre 2022, Graham, 45 ans, père de deux enfants atteint d’une maladie neurologique rare, est admis aux urgences de l’hôpital de Bassetlaw, dans le Nottinghamshire, pour une infection urinaire nécessitant des antibiotiques intraveineux. Il attendra 34 heures avant de recevoir le moindre traitement adapté. Une semaine plus tard, il décède d’une septicémie. Un rapport officiel du médiateur parlementaire britannique, publié en décembre 2025, conclut sans ambiguïté : sa mort était évitable.
En bref
- —34h d’attente avant les premiers antibiotiques intraveineux
- —Le rapport officiel conclut à un décès évitable
- —L’hôpital s’est excusé et a versé une compensation à la famille
34 heures sans traitement : la chronologie d’un drame
Graham réside dans un logement accompagné à Ollerton, petite ville du Nottinghamshire. En novembre 2022, il contracte une infection urinaire résistante aux antibiotiques oraux. Son médecin généraliste l’oriente directement vers l’hôpital de Bassetlaw pour recevoir des antibiotiques par voie intraveineuse — la seule option efficace dans son cas.

À son arrivée aux urgences, accompagné de soignants permanents, le patient ne reçoit pas le traitement prescrit. Les heures passent. Lorsque les antibiotiques intraveineux lui sont enfin administrés, 34 heures se sont écoulées depuis son admission. La dose injectée ne représente pourtant que la moitié de ce qui aurait dû lui être administré. Un délai supplémentaire de trois heures s’est en outre intercalé entre la prescription médicale et l’administration effective du médicament.
Ces délais cumulés ont laissé le champ libre à l’infection pour se propager. Avant qu’une seconde dose puisse lui être administrée — elle aussi tardive —, Graham était déjà entré en septicémie. Il décède une semaine plus tard.
La septicémie, une urgence vitale
La septicémie est une infection généralisée du sang qui peut devenir mortelle en quelques heures si elle n’est pas traitée rapidement par des antibiotiques adaptés. Elle survient lorsqu’une infection localisée — urinaire, pulmonaire ou cutanée — n’est pas maîtrisée et se propage dans l’organisme. Chez les patients porteurs d’un cathéter urinaire permanent, le risque d’infection bactérienne, et donc de septicémie, est structurellement plus élevé.
La maladie d’Alexander : pourquoi ce patient était particulièrement vulnérable
Graham souffrait de la maladie d’Alexander, une affection neurologique génétique et incurable qui détruit progressivement la substance blanche du cerveau. Extrêmement rare, elle entraîne des troubles neurologiques sévères : dans son cas, des difficultés respiratoires importantes, une mobilité très réduite et de lourdes limitations dans la communication avec le personnel soignant.

En raison de son état, il avait recours à un cathéter urinaire permanent. Ce dispositif médical constitue un facteur de risque bien documenté : il expose les patients à des infections bactériennes urinaires récurrentes, susceptibles d’évoluer rapidement vers une septicémie si elles ne sont pas maîtrisées à temps.
Sa mère, qui connaissait précisément les besoins de son fils, s’était rendue à l’hôpital pour plaider en faveur d’une administration rapide des antibiotiques intraveineux. Les soignants permanents qui l’accompagnaient avaient transmis les mêmes informations au personnel hospitalier. Ces alertes n’ont pas été prises en compte. « Je connaissais mon fils mieux que quiconque », déclarera plus tard la mère devant le médiateur.


