La 70e édition de l’Eurovision, dont la finale est prévue le 16 mai 2026 à la Wiener Stadthalle de Vienne, est marquée par une controverse sans précédent : cinq pays ont choisi de boycotter le concours pour protester contre la participation d’Israël, une première depuis 1970. Pendant ce temps, plus de 1 000 artistes ont signé un appel au boycott culturel, le candidat israélien a été rappelé à l’ordre par les organisateurs pour une campagne de vote jugée contraire aux règles, et la finale se prépare sous un dispositif sécuritaire exceptionnel. Retour sur une crise qui dépasse largement le cadre d’un simple concours de chant.
En bref
- —Cinq pays boycottent l’Eurovision 2026 en raison d’Israël
- —L’IBA, diffuseur israélien, est membre de l’UER depuis 1957
- —Plus de 1 000 artistes ont signé une lettre pour un boycott culturel
Israël à l’Eurovision : plus de 50 ans de présence légitimée par l’UER
La présence d’Israël à l’Eurovision repose sur un principe institutionnel : depuis 1957, l’Autorité de radiodiffusion israélienne (IBA) est membre de l’Union européenne de radio-télévision (UER), l’organisation internationale qui organise le concours. À ce titre, comme tout diffuseur membre actif de l’UER, Israël est pleinement éligible pour y participer — au même titre que l’Australie, l’Arménie ou l’Azerbaïdjan, qui concourent régulièrement sans appartenir à l’Europe.

La première participation israélienne remonte à 1973. Le contexte géopolitique de l’époque n’est pas anodin : après la guerre des Six Jours en 1967 et la prise d’otages lors des Jeux olympiques de Munich en 1972, Israël cherche à renforcer ses liens avec les démocraties occidentales. L’Eurovision représente alors une opportunité de présence diplomatique et culturelle sur la scène européenne.
Depuis, Israël a participé à 47 reprises et a remporté le concours à quatre occasions : en 1978 avec Izhar Cohen et The Alphabeta, en 1979 avec Milk and Honey, en 1998 avec Dana International — une victoire historique qui avait mis en lumière la cause trans — et en 2018 avec Netta. L’État hébreu figure au septième rang des pays les plus victorieux de l’histoire du concours.
L’UER, une organisation aux frontières plus larges qu’il n’y paraît
L’Union européenne de radio-télévision (UER), fondée en 1950 et dont le siège est en Suisse, est la plus grande association professionnelle de radiodiffuseurs au monde. Elle regroupe les diffuseurs d’une cinquantaine de pays, bien au-delà des frontières de l’Union européenne. C’est ce cadre institutionnel qui explique la présence régulière de nations comme l’Australie, l’Arménie ou l’Azerbaïdjan à l’Eurovision — et celle d’Israël, dont le diffuseur public est membre depuis 1957.
Le boycott le plus massif depuis 1970 : cinq pays absents, plus de 1 000 artistes mobilisés
Le 4 décembre 2025, cinq pays ont annoncé leur retrait de l’Eurovision 2026 : l’Espagne, les Pays-Bas, l’Islande, la Slovénie et l’Irlande. C’est le boycott le plus large qu’ait connu le concours depuis 1970, une édition également perturbée par des tensions politiques majeures.

Les justifications avancées convergent vers la situation humanitaire à Gaza. La radiotélévision irlandaise RTE a été particulièrement explicite, déclarant que « la participation de l’Irlande serait inadmissible compte tenu des pertes humaines effroyables qui continuent de se produire à Gaza », et faisant part d’une préoccupation « profonde » face aux « assassinats ciblés de journalistes ».
En parallèle, la coalition No Music for Genocide et le Comité palestinien pour le boycott académique et culturel d’Israël ont publié une lettre ouverte signée par plus de 1 000 artistes, dont Macklemore, Peter Gabriel, Paloma Faith, Kneecap, Massive Attack et plusieurs anciens lauréats de l’Eurovision. Les signataires y déclarent refuser que le concours soit « utilisé pour blanchir et normaliser le génocide, le siège et l’occupation militaire brutale des Palestiniens par Israël ».


