Le cadmium, ce poison invisible dans notre alimentation
Le cadmium est un métal lourd classé cancérogène certain pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer. Contrairement à d’autres polluants, il ne se dégrade pas dans l’environnement : une fois épandu sur les sols, il s’y accumule durablement, passe dans les végétaux et finit dans nos assiettes.

La principale voie de contamination est agricole. Les engrais phosphatés utilisés en grande culture contiennent naturellement du cadmium, issu des roches phosphatées dont ils sont extraits. La France importe une part importante de ces roches du Maroc, dont les gisements affichent des teneurs en cadmium particulièrement élevées, pouvant atteindre entre 38 et 100 mg par kg de P₂O₅.
La liste des aliments concernés est longue : pommes de terre, pâtes, biscuits, chocolat, légumes, céréales, crustacés, abats… Des aliments du quotidien, consommés par l’ensemble de la population. Une fois ingéré, le cadmium s’accumule dans l’organisme, principalement dans les reins, les os et le foie, et ne s’élimine que très lentement.
L’exposition est aujourd’hui généralisée : selon les données disponibles, 99 % de la population française serait exposée à ce polluant via son alimentation. Le docteur Arnaud Cocaul, nutritionniste, a particulièrement alerté sur les effets chez les plus vulnérables : près de 36 % des enfants de moins de trois ans en France dépasseraient déjà les doses journalières admissibles fixées par les autorités sanitaires.
Le lien avec le cancer du pancréas est étayé par une étude nationale menée entre 2011 et 2021, publiée dans l’European Journal of Epidemiology. Les chercheurs ont observé une incidence plus élevée de cette pathologie dans les zones agricoles, où l’utilisation de pesticides et d’engrais est la plus intensive. Un lien statistique significatif — qualifié de modeste par les auteurs eux-mêmes — a été établi entre l’intensité de l’exposition chimique et le risque accru de développer la maladie.
Une réglementation à la traîne malgré sept ans d’alertes
La situation réglementaire française est source d’incompréhension dans le monde médical. Dès 2019, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a recommandé d’abaisser la teneur maximale autorisée en cadmium dans les engrais minéraux à 20 mg/kg. La Commission européenne a soutenu cette orientation. Pourtant, la France maintient à ce jour la limite européenne en vigueur, fixée à 60 mg/kg pour les produits portant le marquage CE — soit trois fois la norme recommandée.
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