📌 Patrick Bruel : une pétition exige l’annulation de 57 dates de tournée face aux accusations de violences sexuelles
Posted 22 avril 2026 by: Admin
Une cinquantaine d’artistes, de collectifs et d’associations féministes ont lancé mardi soir une pétition réclamant l’annulation intégrale de la tournée de Patrick Bruel, visé par trois enquêtes judiciaires pour des faits présumés de violences sexuelles qu’il conteste. L’initiative, portée par le collectif Salon Féministe, cible les 57 dates programmées dans quatre pays francophones et rallie des voix parmi les plus en vue du monde culturel français. Elle intervient alors que plusieurs femmes ont déposé plainte ces derniers mois, et que Mediapart avait publié en mars les témoignages de huit d’entre elles.
En bref
- —50 artistes et associations demandent l’annulation de la tournée
- —3 enquêtes judiciaires ouvertes en France et en Belgique
- —Le chanteur nie toute contrainte par la voix de son avocat
Une coalition féministe appelle les mairies à agir
La pétition, mise en ligne mardi soir par le collectif Salon Féministe, appelle à « annuler la venue de Patrick Bruel » dans chacune des villes où le chanteur doit se produire dans le cadre de sa tournée « Alors Regarde 35 ». Elle recense 57 dates dans 48 villes, réparties en France, en Belgique, en Suisse et au Canada.

Parmi les signataires figurent des noms reconnus du monde du spectacle et des médias : les actrices Anna Mouglalis, Corinne Masiero et Anouk Grinberg, la chanteuse Pomme, et la journaliste Alice Coffin. De nombreuses représentations locales de l’association NousToutes ont également apporté leur soutien.
Le texte de la pétition interpelle directement les élus : « Nous invitons toutes les organisations féministes des villes en question, toutes les mairies qui affirment défendre les droits des femmes, à faire annuler la célébration d’un agresseur présumé et à soutenir ces femmes qui ont eu le courage de prendre la parole. » Cette initiative fait suite à une première demande formulée dès lundi par NousToutes, qui réclamait l’annulation d’un concert prévu dans la Manche en juillet.
Trois enquêtes judiciaires et les témoignages de huit femmes
L’affaire judiciaire est multiple. Une première enquête est instruite au parquet de Saint-Malo pour viol, après une plainte déposée le 30 septembre 2024 pour des faits présumés remontant à octobre 2012, en marge du Festival du film britannique de Dinard.

Une deuxième procédure a été ouverte à Paris en mars 2026, après le dépôt d’une plainte pour tentative de viol et agression sexuelle par Daniela Elstner, directrice générale d’Unifrance — l’organisme chargé de la promotion du cinéma français à l’étranger. Les faits allégués remonteraient à novembre 1997, lors du Festival du film français d’Acapulco, au Mexique.
Une troisième enquête a par ailleurs été ouverte en Belgique, à la suite d’une plainte enregistrée fin mars pour agression sexuelle commise à Bruxelles. Le 18 mars 2026, le média d’investigation Mediapart avait publié les témoignages de huit femmes décrivant des faits présumés s’étalant entre 1992 et 2019, donnant une ampleur nouvelle à cette affaire.
Comment l’affaire a éclaté
C’est le site d’investigation Mediapart qui a mis le feu aux poudres le 18 mars 2026, en publiant les témoignages de huit femmes décrivant des comportements présumés de Patrick Bruel entre 1992 et 2019. Dans les jours qui ont suivi, trois plaintes ont été déposées en France et en Belgique, entraînant l’ouverture d’autant d’enquêtes judiciaires. L’affaire a aussitôt déclenché un mouvement de pression sur les organisateurs de la tournée.
La présomption d’innocence au cœur d’un débat de société
La pétition ne cherche pas à contourner le principe juridique fondamental : ses auteurs reconnaissent eux-mêmes que Patrick Bruel « est bien sûr présumé innocent ». Mais ils posent une question de fond : « Comment la justice pourrait-elle statuer sereinement tandis que le chanteur se produit sur toutes les scènes francophones ? »

Cette tension entre présomption d’innocence et responsabilité culturelle traverse régulièrement le débat public en France depuis l’émergence du mouvement #MeToo. Elle oppose le droit d’un individu à continuer d’exercer son activité professionnelle, tant qu’aucune condamnation n’est prononcée, à la portée symbolique que représente une scène publique accordée à une personnalité visée par plusieurs plaintes.
Pour les signataires, maintenir les concerts revient à valider socialement une notoriété que la justice est précisément chargée d’interroger. Pour d’autres voix, toute pression visant à priver quelqu’un de travail avant tout jugement constitue un précédent dangereux. Ce débat, loin d’être tranché, illustre les limites du droit face aux attentes d’une partie de la société.
Le chanteur conteste les accusations, la tournée maintenue
Face à l’accumulation des accusations, Patrick Bruel a choisi de répondre par la voix de son avocat Christophe Ingrain. Dès le 18 mars, ce dernier a déclaré à l’AFP que le chanteur « n’a jamais cherché à contraindre quiconque à un acte sexuel » et qu’il « affirme n’avoir jamais outrepassé un refus, jamais forcé à un geste ou un rapport sexuel ».

À ce stade, aucune annulation n’a été confirmée par les organisateurs ni par les collectivités locales concernées. La tournée « Alors Regarde 35 », qui marque les 35 ans de carrière du chanteur, né en mai 1959, reste officiellement maintenue dans l’ensemble des villes programmées.
Le chanteur, qui aura 67 ans le mois prochain, est l’une des figures les plus populaires de la chanson française. Le maintien de sa tournée dans ce contexte expose désormais chaque commune accueillante à une pression militante directe, et place les organisateurs face à un choix susceptible de devenir politique.
L’affaire Patrick Bruel cristallise une tension profonde dans la société française : celle entre le temps de la justice, long et rigoureux, et le temps de l’opinion publique, immédiat et tranchant. Si aucune condamnation n’a été prononcée, les trois enquêtes en cours et les témoignages de huit femmes ont suffi à déclencher une mobilisation inédite autour de sa tournée. La réponse — ou l’absence de réponse — des mairies et des organisateurs dans les prochaines semaines dira beaucoup sur la manière dont les institutions françaises entendent articuler présomption d’innocence et responsabilité symbolique.










