Cette déferlante ne s’explique pas uniquement par la qualité technique du film. Ce qui frappe quarante-six ans après sa sortie, c’est la troublante modernité du propos. L’œuvre de Scorsese interroge frontalement la masculinité toxique, cette incapacité à gérer la colère autrement que par la violence, cette impossibilité d’aimer sans détruire. Jake LaMotta n’apparaît jamais sous un jour favorable. Il dérange, agace, parfois révulse. Pourtant, il fascine par sa complexité brutale, par cette humanité cassée que le film refuse d’édulcorer.
Cette absence totale de complaisance constitue la force majeure de _Raging Bull_. Le film ne cherche ni à séduire ni à rassurer. Il bouscule, met profondément mal à l’aise et laisse une empreinte durable dans l’esprit du spectateur. Beaucoup évoquent une œuvre « à ne pas mettre entre toutes les mains », tout en reconnaissant son caractère essentiel pour comprendre l’évolution du cinéma américain. Cette radicalité artistique explique pourquoi, des décennies après, le film continue de provoquer des débats passionnés.
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