
La hausse touche les deux sexes, avec une progression annuelle de +1,6 % chez les hommes et de +2,1 % chez les femmes depuis 2010. Plus préoccupant encore, cette augmentation concerne aussi les jeunes adultes, une population habituellement peu exposée à ce type de cancer.
Le cancer du pancréas est l’une des pathologies les plus redoutables de l’oncologie : souvent asymptomatique à un stade précoce, il est fréquemment diagnostiqué trop tard, ce qui limite sévèrement les options thérapeutiques. Dans ce contexte, l’accélération de son incidence en France constitue un signal que la communauté médicale ne peut plus ignorer.
Les facteurs de risque classiques — tabac, obésité, diabète, sédentarité — n’expliquent pas à eux seuls cette surperformance française par rapport au reste du continent. C’est pourquoi des chercheurs et des cliniciens se tournent vers des causes environnementales, et notamment vers les polluants présents dans notre alimentation.
Une spécificité française liée aux engrais marocains
La France importe la majorité de ses roches phosphatées du Maroc, dont les gisements sont naturellement très chargés en cadmium. Ces roches constituent la matière première des engrais minéraux utilisés en agriculture. D’autres pays européens s’approvisionnent auprès de mines affichant des teneurs bien plus faibles, ce qui explique en partie pourquoi la contamination alimentaire y est moindre et pourquoi la hausse des cancers du pancréas y est moins marquée.
Le cadmium, ce poison invisible dans notre alimentation
Le cadmium est un métal lourd classé cancérogène certain pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer. Contrairement à d’autres polluants, il ne se dégrade pas dans l’environnement : une fois épandu sur les sols, il s’y accumule durablement, passe dans les végétaux et finit dans nos assiettes.

La principale voie de contamination est agricole. Les engrais phosphatés utilisés en grande culture contiennent naturellement du cadmium, issu des roches phosphatées dont ils sont extraits. La France importe une part importante de ces roches du Maroc, dont les gisements affichent des teneurs en cadmium particulièrement élevées, pouvant atteindre entre 38 et 100 mg par kg de P₂O₅.
La liste des aliments concernés est longue : pommes de terre, pâtes, biscuits, chocolat, légumes, céréales, crustacés, abats… Des aliments du quotidien, consommés par l’ensemble de la population. Une fois ingéré, le cadmium s’accumule dans l’organisme, principalement dans les reins, les os et le foie, et ne s’élimine que très lentement.
L’exposition est aujourd’hui généralisée : selon les données disponibles, 99 % de la population française serait exposée à ce polluant via son alimentation. Le docteur Arnaud Cocaul, nutritionniste, a particulièrement alerté sur les effets chez les plus vulnérables : près de 36 % des enfants de moins de trois ans en France dépasseraient déjà les doses journalières admissibles fixées par les autorités sanitaires.
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