14 mai 2026
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Hantavirus à Marseille : l’IHU sous tension, les soignants en alerte

Depuis mardi 13 mai, trois personnes sont hospitalisées à l’IHU Méditerranée Infection de Marseille dans le cadre du suivi de l’épidémie d’hantavirus liée au navire de croisière MV Hondius. Issues d’une chaîne de contacts à trois niveaux — sans lien direct avec le foyer d’origine —, elles ne présentent aucun symptôme déclaré à ce stade. Leur prise en charge met néanmoins en lumière les limites d’un système hospitalier que les syndicats décrivent comme incapable d’absorber une crise de grande ampleur.

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En bref

  • 22 cas contacts français hospitalisés depuis le 13 mai
  • Une première Française positive, en état critique à Bichat
  • Aucune mutation du virus des Andes détectée selon l’ECDC

L’épidémie du MV Hondius : onze cas, trois morts, six pays

Tout commence le 1er avril 2026, quand le navire de croisière néerlandais MV Hondius quitte Ushuaïa, en Argentine, pour une traversée de l’Atlantique Sud. Six jours plus tard, un premier passager néerlandais présente des symptômes compatibles avec une infection sévère. Il décède le 11 avril. Le 25 avril, son épouse meurt à son tour en Afrique du Sud. Une passagère allemande perd la vie à bord le 2 mai. Lorsque le navire accoste à Tenerife le 10 mai pour un débarquement d’urgence, trois morts ont déjà été déplorés.

L'épidémie du MV Hondius : onze cas, trois morts, six pays
Image d’illustration © TOPTENPLAY

Au 12 mai 2026, l’Organisation mondiale de la Santé recense 11 cas — dont 9 confirmés — et 3 décès, tous parmi les passagers ou l’équipage du navire. Six pays sont touchés : Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, France, Suisse et Espagne. L’OMS maintient que « le risque global pour la santé publique reste faible », tout en appelant à une surveillance renforcée.

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En France, la trajectoire du virus suit deux vols. Huit Français ayant partagé le même avion que la passagère néerlandaise décédée — entre Sainte-Hélène et Johannesburg — ont été admis à Paris. Quatorze autres, qui empruntaient le vol Johannesburg-Amsterdam, ont été dispersés dans différentes villes du territoire, dont Marseille. Parmi ces derniers, une habitante de Juan-les-Pins a été identifiée et transférée vers l’IHU.

Qu’est-ce que le virus des Andes ?

Les hantavirus sont une famille de virus transmis principalement par les rongeurs, présents sur tous les continents. La grande majorité des souches ne se propagent pas entre humains et provoquent des syndromes rénaux ou pulmonaires. Le virus des Andes, qui circule surtout en Amérique du Sud, est l’exception : c’est le seul des 38 souches connues pour lequel une transmission interhumaine a été scientifiquement établie. Sans vaccin ni traitement spécifique, sa prise en charge repose exclusivement sur l’assistance cardio-respiratoire.

Marseille en première ligne : une chaîne de contacts à trois niveaux

C’est mardi que la première patiente marseillaise — une femme d’une trentaine d’années résidant à Juan-les-Pins — a été transférée à l’IHU Méditerranée Infection, centre national de référence des maladies vectorielles. Elle n’était pas à bord du MV Hondius, ni même en contact direct avec la passagère néerlandaise décédée : elle se trouvait simplement dans le même avion sur le vol Johannesburg-Amsterdam. À ce stade, aucun symptôme n’a été déclaré.

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Marseille en première ligne : une chaîne de contacts à trois niveaux
Image d’illustration © TOPTENPLAY

Deux autres jeunes gens d’une vingtaine d’années, d’origine sud-africaine, ont également été placés en quarantaine renforcée à l’IHU. Il s’agit de contacts directs de la patiente de Juan-les-Pins — soit des « cas contact-contact-contact » par rapport au foyer d’origine. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a confirmé que l’ensemble des 22 cas contacts identifiés en France sont « actuellement hospitalisés ».

Les trois patients sont isolés en chambre haute sécurité à pression négative, où l’air est filtré en permanence pour empêcher toute diffusion du virus vers l’extérieur. Leurs prélèvements sont traités dans un laboratoire de niveau P3 — protection maximale pour ce type de pathogène —, où les techniciens travaillent sous scaphandre. Les résultats des tests sont attendus dans les prochaines heures.

Le virus des Andes : une anomalie parmi les hantavirus, sans traitement connu

Sur les 38 hantavirus connus, le virus des Andes est le seul pour lequel une transmission d’humain à humain a été scientifiquement documentée. Tous les autres ne se propagent qu’à partir de rongeurs infectés, par inhalation d’aérosols contaminés. Dans le cas du virus des Andes, une contamination entre personnes est possible lors de contacts étroits, notamment avec des soignants au cours des premiers stades de la maladie. Il circule principalement en Amérique du Sud et reste peu connu du grand public européen.

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Le virus des Andes : une anomalie parmi les hantavirus, sans traitement connu
Image d’illustration © TOPTENPLAY

La maladie se manifeste brutalement après une incubation d’environ deux semaines — pouvant aller jusqu’à six semaines —, avec une défaillance cardio-pulmonaire sévère. Selon l’Institut Pasteur, le taux de mortalité peut atteindre 30 à 60 %. Il n’existe à ce jour aucun vaccin homologué ni traitement antiviral spécifique contre cette souche : la prise en charge reste exclusivement symptomatique, fondée sur l’assistance respiratoire et cardiaque. En France, la première patiente confirmée positive — une femme de plus de 65 ans — est sous assistance respiratoire artificielle à l’hôpital Bichat, dans un état très critique.

L’Agence sanitaire de l’Union européenne (ECDC) a indiqué qu’aucun signe de mutation de la souche circulante n’a été détecté à ce stade. L’OMS juge le risque de propagation à grande échelle comme faible. La ministre de la Santé a écarté toute « circulation diffuse » du virus sur le territoire français, tout en maintenant un niveau de vigilance élevé pour l’ensemble des cas contacts identifiés.

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