📌 Le jardinier sans papiers des Le Pen expulsé vers le Maroc
Posted 24 avril 2026 by: Admin
Pendant neuf ans, Hatim B., jardinier marocain de 32 ans, a travaillé pour Jany Le Pen, veuve de Jean-Marie Le Pen, sans jamais détenir le moindre titre de séjour. Jeudi 23 avril 2026, malgré une intervention personnelle de son employeuse, il a été expulsé par avion vers le Maroc sur ordre du préfet des Hauts-de-Seine. L’affaire prend une dimension symbolique particulière : elle touche de plein fouet la famille fondatrice du parti le plus hostile à l’immigration en France.
En bref
- —Hatim B., 32 ans, jardinier marocain des Le Pen depuis 2017
- —Jany Le Pen lui rend visite, mandate un avocat — en vain
- —Le RN se distancie, le préfet reste inflexible
Neuf ans au service des Le Pen sans jamais être régularisé
Hatim B. est arrivé en France il y a près d’une décennie. Né au Maroc, il a commencé à travailler comme jardinier pour Jany Le Pen à partir de 2017. Il n’a, selon les informations du Parisien, jamais obtenu de titre de séjour sur le territoire français.

Pendant neuf ans, cet homme aujourd’hui âgé de 32 ans a entretenu le jardin de la famille Le Pen sans que sa situation administrative ne soit jamais régularisée. Aucune démarche en ce sens n’a abouti, jusqu’à ce que les autorités engagent finalement une procédure à son encontre.
C’est dans les locaux du Local de rétention administrative (LRA) de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, qu’Hatim B. a été placé avant son expulsion. La procédure a été engagée par le préfet du département, Alexandre Brugère, nommé à ce poste en novembre 2024.
Jany Le Pen se mobilise, l’expulsion est maintenue
Dès l’annonce du placement en rétention, Jany Le Pen, 93 ans, a décidé d’intervenir personnellement. La veuve de Jean-Marie Le Pen s’est rendue au centre de rétention de Nanterre pour rendre visite à son employé, avec lequel elle s’est entretenue pendant environ une heure.

Elle a également mandaté un avocat afin de défendre les droits d’Hatim B. et de tenter de bloquer la procédure d’expulsion engagée par la préfecture. Ces démarches n’ont pas suffi à modifier le cours des événements.
Le 23 avril 2026, à la mi-journée, la procédure a été menée à son terme. Hatim B. a quitté la France par avion, renvoyé au Maroc sans titre de séjour et sans perspective de retour légal. Le préfet des Hauts-de-Seine n’a fait aucune exception.
Une contradiction politique explosive pour le Rassemblement national
Le symbole est saisissant. La famille Le Pen, à l’origine du Front national devenu Rassemblement national, a construit sa doctrine sur la fermeté absolue à l’égard de l’immigration irrégulière. Pendant neuf ans, elle employait pourtant à domicile un jardinier marocain dépourvu de tout titre de séjour.

Face à l’onde de choc médiatique, le Rassemblement national a réagi promptement en cherchant à limiter les dégâts. Le parti a qualifié l’affaire de «situation personnelle» de Jany Le Pen, affirmant qu’elle n’avait aucun lien avec lui ni avec ses positions politiques.
Cette mise à distance n’a guère convaincu les observateurs, qui rappellent que Jean-Marie Le Pen lui-même résidait dans la propriété où Hatim B. officiait. L’affaire vient alimenter durablement les accusations d’hypocrisie adressées à la droite nationaliste française sur la question de l’emploi de travailleurs étrangers à titre privé.
Le RN et l’immigration : un discours fondateur
Fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen, le Rassemblement national a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière l’un de ses principaux chevaux de bataille, réclamant depuis des décennies des expulsions massives et une politique de «préférence nationale». L’affaire du jardinier marocain employé sans titre de séjour pendant neuf ans chez le fondateur du parti vient percuter ce discours en plein cœur. Elle s’ajoute à une longue série d’épisodes embarrassants révélant les tensions entre postures publiques et pratiques privées au sein de la sphère nationaliste.
Une politique d’expulsion qui bat des records
L’expulsion d’Hatim B. s’inscrit dans un contexte de durcissement sans précédent de la politique migratoire française. En 2025, la France a enregistré 24 985 expulsions d’étrangers en situation irrégulière, soit une hausse de 15,7 % par rapport à l’année précédente.

Depuis la fin de l’année 2024, les renvois ont bondi de 70 %. Dans les Hauts-de-Seine, le préfet Brugère a particulièrement accéléré la cadence : depuis octobre 2024, les régularisations ont chuté de 62 % tandis que les refus ont été multipliés par douze.
Le cas d’Hatim B. illustre que cette rigueur administrative ne connaît aucune exception, même lorsque l’employeur est une figure nationale. La démarche personnelle de Jany Le Pen n’a pas pesé davantage que celle de n’importe quel autre particulier cherchant à protéger un employé de maison sans papiers.
L’expulsion d’Hatim B. referme neuf années de présence discrète au cœur d’une des familles les plus influentes de la politique française. Elle met en lumière, une fois de plus, le fossé qui peut exister entre les discours publics et les pratiques privées de ceux qui se réclament de la rigueur migratoire. Dans un contexte où les expulsions atteignent des niveaux records et où les préfectures appliquent la loi avec une sévérité inédite, l’affaire rappelle aussi une réalité plus large : des milliers de travailleurs étrangers vivent et s’emploient en France dans la plus grande précarité administrative, souvent à la demande tacite d’employeurs qui ne souhaitent ni les régulariser ni les perdre.










