
Les résultats sont nets : chez les adultes ayant connu un père intermittent, les scores de névrosisme et d’agressivité sont significativement plus élevés. Le névrosisme désigne une tendance aux émotions négatives, à l’anxiété et à l’instabilité émotionnelle — rumination, dramatisation, difficulté à encaisser les contrariétés.
L’agressivité, elle, se manifeste par des colères rapides, des réactions disproportionnées et une irritabilité de fond. Les chercheurs précisent toutefois que l’intensité de ces effets varie selon la durée et la fréquence des absences, ainsi que selon l’âge auquel l’enfant a vécu cet éloignement.
Des témoignages qui confirment : rejet, méfiance et estime de soi fragilisée
Une étude qualitative publiée sur PubMed a recueilli les récits de vingt et un hommes âgés de 24 à 70 ans, tous ayant grandi sans père. Leurs témoignages convergent : épisodes de tristesse et de dépression, difficultés à faire confiance aux autres — et en particulier aux autres hommes — et un sentiment persistant de rejet.

Le titre de cette étude, Des trous dans ma mémoire, résume bien ce manque diffus mais omniprésent que ces hommes portent à l’âge adulte. Leur estime de soi en a durablement souffert, avec des répercussions sur leurs relations professionnelles et personnelles.
Du côté des femmes, une thèse clinique soutenue en 2019 à l’Université du Cap auprès de vingt adultes ayant grandi sans père dresse un tableau similaire : confiance en soi fragilisée, sentiment de honte, retrait social et vigilance extrême dans les relations intimes. Plusieurs participantes ont cependant mentionné qu’une figure bienveillante dans l’enfance — un oncle, un grand-père, un enseignant — avait joué un rôle protecteur face à cette absence paternelle.
Pourquoi la recherche s’intéresse maintenant au rôle du père
Longtemps centrée sur la figure maternelle, la psychologie du développement a tardé à étudier l’impact spécifique de l’absence paternelle. Depuis une dizaine d’années, des études comparatives et qualitatives comblent ce manque, en suivant des adultes dont le père était absent pour des raisons diverses : travail à l’étranger, divorce, désengagement. Ces travaux s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la santé mentale et les déterminants précoces de la personnalité.
Le jeu père-enfant, un apprentissage émotionnel fondamental
Une méta-analyse publiée dans la revue Developmental Review apporte un éclairage sur les mécanismes en jeu. Elle montre que le jeu physique père-enfant pratiqué avant l’âge de 3 ans joue un rôle direct dans le développement de l’autorégulation émotionnelle.

Le professeur Paul Ramchandani, cité par Psychologies.com, explique : « Le jeu physique crée des situations amusantes et excitantes dans lesquelles les enfants doivent appliquer l’autorégulation. Ils peuvent devoir contrôler leur force, apprendre quand les choses sont allées trop loin, ou peut-être que leur père leur marche accidentellement sur l’orteil et ils se sentent fâchés. »
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