Du côté des femmes, une thèse clinique soutenue en 2019 à l’Université du Cap auprès de vingt adultes ayant grandi sans père dresse un tableau similaire : confiance en soi fragilisée, sentiment de honte, retrait social et vigilance extrême dans les relations intimes. Plusieurs participantes ont cependant mentionné qu’une figure bienveillante dans l’enfance — un oncle, un grand-père, un enseignant — avait joué un rôle protecteur face à cette absence paternelle.
Pourquoi la recherche s’intéresse maintenant au rôle du père
Longtemps centrée sur la figure maternelle, la psychologie du développement a tardé à étudier l’impact spécifique de l’absence paternelle. Depuis une dizaine d’années, des études comparatives et qualitatives comblent ce manque, en suivant des adultes dont le père était absent pour des raisons diverses : travail à l’étranger, divorce, désengagement. Ces travaux s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la santé mentale et les déterminants précoces de la personnalité.
Le jeu père-enfant, un apprentissage émotionnel fondamental
Une méta-analyse publiée dans la revue Developmental Review apporte un éclairage sur les mécanismes en jeu. Elle montre que le jeu physique père-enfant pratiqué avant l’âge de 3 ans joue un rôle direct dans le développement de l’autorégulation émotionnelle.

Le professeur Paul Ramchandani, cité par Psychologies.com, explique : « Le jeu physique crée des situations amusantes et excitantes dans lesquelles les enfants doivent appliquer l’autorégulation. Ils peuvent devoir contrôler leur force, apprendre quand les choses sont allées trop loin, ou peut-être que leur père leur marche accidentellement sur l’orteil et ils se sentent fâchés. »
Il nuance cependant ses conclusions : « Il est important de ne pas exagérer l’impact du jeu père-enfant car ce que la recherche peut nous dire a ses limites, mais il semble tout de même que les enfants qui ont une quantité raisonnable de temps de jeu avec leur père en tirent des bénéfices en tant que groupe. » Quand ce terrain d’apprentissage fait défaut, les adultes décrivent souvent des émotions qui débordent et des réflexes d’agressivité difficiles à maîtriser.
Reconnaître l’empreinte pour mieux la transformer
Ce que ces différentes recherches dessinent, c’est un profil émotionnel façonné dès l’enfance, mais pas figé. Les études soulignent que reconnaître l’influence de l’absence paternelle est une première étape vers une meilleure compréhension de soi.
Articles suggérés
Retraite anticipée: ce que les nouvelles règles changent vraiment selon votre année de naissance
À partir du 1er septembre 2026, de nouvelles règles encadrent le dispositif de départ anticipé à la retraite pour carrière longue. Issues d'un projet…

