
« C’est allé très vite. En un quart d’heure c’était fini, elle est décédée dans la voiture », témoigne Maël, qui tentait de rejoindre le cabinet vétérinaire de Veynes. Tana n’y arrivera jamais. La mort a été si rapide qu’aucun soin n’a pu être prodigué.
Ce drame n’était pas isolé. Une clinique vétérinaire de la région a confirmé avoir reçu deux chiens décédés en l’espace d’un seul week-end, présentant exactement les mêmes symptômes. Au total, ce sont cinq animaux qui ont été frappés entre le 15 et le 19 avril, tous après une baignade dans ce même lac.
La même rive, le même scénario : la piste malveillante
Un détail géographique s’impose à tous ceux qui ont observé les faits de près : les cinq chiens touchés se sont tous baignés sur la même rive, celle qui longe la route. Aucun incident n’a été signalé ailleurs sur le lac. Cette concentration spatiale n’est pas passée inaperçue.

Amaury Gouaille, cogérant d’un camping situé à proximité du lac, est catégorique : pour lui, il s’agit d’un acte malveillant. « En vingt-trois ans, ce n’est jamais arrivé », confie-t-il. L’un de ses propres clients a perdu son chien dans les mêmes circonstances. Il attend le passage de l’Agence régionale de santé pour confirmer ses soupçons.
Un autre élément intrigue : la propriétaire d’un des chiens victimes a signalé avoir perçu une odeur d’épandage à proximité de la rive incriminée. Si la vétérinaire consultée ne l’écarte pas, elle n’y voit pas non plus une preuve suffisante. La zone, accessible depuis la route, aurait pu faire l’objet d’un dépôt discret de substance toxique.
Les cyanobactéries, un danger méconnu pour les chiens
Les cyanobactéries sont des micro-organismes naturellement présents dans les eaux douces, qui peuvent produire des toxines mortelles lors de proliférations appelées « blooms ». Les chiens y sont particulièrement exposés car ils ingèrent davantage d’eau en nageant et peuvent avaler des flocs concentrés. En France, plusieurs épisodes de mortalité canine liés aux cyanobactéries ont été documentés dans le Tarn, la Loire, le Maine-et-Loire ou encore l’Hérault — le plus souvent en été.
Cyanobactéries, chloralose, métaldéhyde : les pistes vétérinaires
Face à ces symptômes — mort ultra-rapide, convulsions, hypersalivation —, la vétérinaire de la région a établi plusieurs hypothèses sans pouvoir en privilégier une. La première piste, celle des cyanobactéries, est évoquée avec prudence : ces micro-organismes, aussi appelés algues bleues, peuvent libérer des toxines mortelles pour les chiens en quelques minutes seulement lors d’une ingestion d’eau contaminée.

Toutefois, les cyanobactéries prolifèrent généralement en période estivale, sous forte chaleur. En avril, leur présence serait inhabituelle. Surtout, elles n’ont jamais été signalées sur ce lac auparavant. La vétérinaire ne l’exclut pas entièrement, mais reconnaît que le contexte saisonnier rend cette piste moins probable.
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