📌 Inceste devant les députés : des témoignages qui interrogent la France en profondeur
Posted 4 mai 2026 by: Admin
Le 29 avril 2026, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les violences sexuelles incestueuses parentales a tenu l’une de ses auditions les plus marquantes. Coline Berry, psychothérapeute et fille de l’acteur Richard Berry, a réitéré devant les élus des accusations d’une brutalité rare, tandis que l’illustratrice Cécile Cée a élargi le débat à la dimension culturelle du phénomène. Ces témoignages posent une question centrale : la France est-elle réellement armée pour protéger les victimes d’inceste et leur rendre justice ?
En bref
- —Coline Berry décrit des viols répétés dès son enfance
- —Sa plainte de 2022, classée sans suite : faits prescrits
- —Trois députés annoncent une loi pour l’imprescriptibilité
Une commission née d’une demande de justice
La commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants a été créée le 28 janvier 2026 à l’Assemblée nationale, à l’initiative du député Christian Baptiste. Sa création fait suite à des années de pression des associations de victimes, qui dénonçaient des défaillances systémiques dans la prise en charge judiciaire et sociale de ces crimes.

Son mandat est précis : examiner les failles de l’institution judiciaire face à l’inceste parental, et rendre des conclusions sous six mois, assorties de propositions législatives et réglementaires concrètes. La commission s’est fixé pour objectif d’établir « une protection effective des enfants et une justice à la mesure de cette crise ».
L’audition du 29 avril réunissait notamment Coline Berry, l’illustratrice Cécile Cée et Mirlo Dulaurier. Une séance qui a profondément marqué les parlementaires présents, par la brutalité des récits entendus et la clarté des réformes réclamées.
Une commission inédite à l’Assemblée
Créée à l’unanimité le 28 janvier 2026, la commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses est la première du genre à l’Assemblée nationale. Elle examine les défaillances judiciaires et sociales dans la prise en charge de ces crimes, et doit remettre des propositions législatives sous six mois. Un rapport parlementaire distinct, publié le 15 avril 2026, avait déjà recommandé de rendre imprescriptibles les crimes contre les mineurs.
Le témoignage de Coline Berry : une solitude insupportable
Psychothérapeute de formation, Coline Berry est l’une des premières personnalités publiques à avoir brisé un tabou encore profondément ancré en France, en accusant son père de violences sexuelles dans l’enfance. Devant la commission, elle n’a pas atténué son propos.

« C’était des viols répétés, presque chaque week-end », a-t-elle déclaré aux députés, décrivant des faits qu’elle situe entre 1984 et 1985. Elle a évoqué les traces indélébiles laissées par ces années : « je garde encore aujourd’hui le souvenir de l’odeur, le souvenir des sensations, le souvenir des images. » Un témoignage d’une précision troublante, qui a saisi l’hémicycle.
Elle a également décrit les mécanismes de survie développés dès son plus jeune âge : à 10 ans, elle avait cessé de s’alimenter pendant les vacances scolaires pour contraindre son père à la renvoyer chez sa mère. Elle avait aussi construit une barrière autour de son lit. « Ce qui me frappe, c’est à quel point j’ai été seule », a-t-elle confié aux élus.
Sa plainte, déposée en 2022, avait été classée sans suite par le parquet de Paris en raison de la prescription des faits. En juillet 2024, elle avait par ailleurs été acquittée de poursuites en diffamation. Devant la commission, elle a appelé à rendre les crimes sexuels sur mineurs imprescriptibles, à interdire les poursuites en diffamation pendant une enquête en cours, et à systématiser les expertises dès l’ouverture d’une instruction.
La famille Gainsbourg citée : quand l’inceste devient culture
L’illustratrice et militante Cécile Cée a apporté à cette audition un regard différent, centré sur l’ampleur sociale du phénomène. Pour elle, l’inceste n’est pas une succession de cas isolés, mais la manifestation d’une dynamique culturelle profondément enracinée. « L’inceste est un crime de masse, le nombre de familles incestueuses présentes dans la société est vertigineux », a-t-elle affirmé devant les députés.

Elle a évoqué ce qu’elle qualifie de « culture de l’inceste » : un ensemble de représentations, de silences et de complaisances collectives qui permettent à ces violences de se perpétuer sans être nommées ni condamnées. C’est dans ce cadre qu’elle a choisi de citer des figures publiques emblématiques.
« La famille Gainsbourg, qui est l’idéal type de la famille incestueuse », a-t-elle lancé. Elle a également mentionné la famille Kardashian, « qui expose son inceste sur je-ne-sais combien de saisons ». Ces références visaient à illustrer, selon elle, combien la société tolère — voire célèbre — des comportements qu’elle devrait condamner.
La référence aux Gainsbourg renvoie notamment au clip Lemon Incest, enregistré en 1984 par Serge Gainsbourg avec sa fille Charlotte, alors âgée de 12 ans, dans lequel le chanteur apparaissait torse nu aux côtés de l’enfant. Ce clip avait suscité de vives polémiques à l’époque. Charlotte Gainsbourg a depuis défendu ce travail commun, affirmant qu’il exprimait un « amour infini entre père et fille ». Aucune accusation d’agression sexuelle n’a jamais été formulée à l’encontre de Serge Gainsbourg.
L’imprescriptibilité, une réforme désormais inévitable ?
Deux semaines avant cette audition, le 15 avril 2026, un rapport parlementaire avait déjà ouvert la voie à une réforme d’ampleur. Il préconisait de rendre imprescriptibles l’ensemble des crimes commis contre des mineurs — et pas uniquement les crimes sexuels, estimant qu’il « semblerait incohérent de rendre le viol imprescriptible et pas le meurtre. » Trois députés ont depuis annoncé une proposition de loi en ce sens.

L’argument central repose sur un constat scientifique solide : l’âge moyen de révélation des violences sexuelles subies dans l’enfance se situe entre 45 et 50 ans, en raison notamment de l’amnésie dissociative — un mécanisme de protection psychique qui peut bloquer durablement le souvenir de traumatismes. Or, le délai actuel est de 30 ans à compter de la majorité, soit la possibilité de porter plainte jusqu’à l’âge de 48 ans. La fenêtre est infime.
Le cas de Coline Berry incarne précisément cette réalité : lorsqu’elle a déposé plainte en 2022, les faits étaient déjà prescrits. Devant les députés, elle a également défendu la fin de la non-rétroactivité des lois, afin que les victimes dont les affaires sont déjà prescrites puissent un jour accéder à la justice.
La commission devra rendre ses conclusions dans les prochains mois. Ses travaux s’inscrivent dans un mouvement plus large de prise de conscience nationale, après des affaires retentissantes qui ont révélé le gouffre entre la réalité des victimes et leur accès effectif à la justice. La question de l’imprescriptibilité, longtemps jugée trop radicale, s’impose désormais au cœur du débat législatif français.
L’audition du 29 avril 2026 a mis en lumière un paradoxe douloureux : des victimes qui parlent enfin, mais souvent trop tard pour être entendues par la justice. Les témoignages de Coline Berry et de Cécile Cée ont forcé la représentation nationale à regarder en face une réalité longtemps minimisée — l’inceste comme crime structurel, protégé par le silence familial et une législation inadaptée. La balle est désormais dans le camp du législateur. La commission d’enquête devra transformer l’émotion de cette séance en réformes concrètes, à commencer par celle qui revient le plus souvent dans la bouche des victimes : faire sauter le verrou de la prescription.










