📌 L’aquamation, la crémation à l’eau, fait son entrée en Europe
Posted 11 mai 2026 by: Admin
L’Écosse a franchi un pas historique le 2 mars 2026 en devenant le premier pays du Royaume-Uni à légaliser l’aquamation, une méthode funéraire qui dissout le corps humain dans de l’eau chauffée à 150 degrés. Aussi appelée crémation verte ou crémation par l’eau, cette technique est présentée comme une alternative nettement plus écologique à la crémation classique. Si elle séduit déjà dans plusieurs régions du monde, en France, elle reste strictement interdite par la loi.
En bref
- —L’Écosse est le premier pays du Royaume-Uni à légaliser l’aquamation
- —La technique émet 7 fois moins de CO₂ que la crémation classique
- —En France, la pratique reste interdite sans loi en vue
Un procédé qui accélère la décomposition naturelle du corps
L’aquamation repose sur un principe chimique : la dissolution du corps humain dans un liquide alcalin sous pression. Le défunt est d’abord enveloppé dans un linceul biodégradable, généralement en soie ou en laine, avant d’être placé dans une cuve hermétique.

Cette cuve est remplie d’un mélange composé d’environ 95 % d’eau et 5 % d’hydroxyde de potassium, chauffé à près de 150 degrés Celsius sous pression. Ces conditions accélèrent considérablement le processus naturel de décomposition qui, dans le sol, s’étale normalement sur plusieurs dizaines d’années.
À l’issue du processus, il ne reste que les os du défunt, soigneusement rincés, séchés, puis réduits en poudre à l’aide d’un appareil spécialisé appelé le crémulateur. La famille reçoit ces cendres, comme après une crémation traditionnelle. Le coût de la prestation serait similaire, voire légèrement supérieur, à celui d’une crémation classique.
Des funérailles en pleine mutation
En France, la crémation représentait à peine 1 % des obsèques en 1980. Elle en représente désormais 46 % selon une enquête OGF-Ipsos de 2024, soit près d’une sur deux. Cette évolution profonde des pratiques funéraires reflète des changements de mentalité qui pourraient, à terme, ouvrir la voie à d’autres alternatives comme l’aquamation, l’humusation ou la cryomation.
Sept fois moins polluant que la crémation : un bilan écologique sans équivalent
Le principal avantage mis en avant par les partisans de l’aquamation est son empreinte carbone très réduite. Une crémation classique génère en moyenne 320 kilogrammes de dioxyde de carbone, principalement en raison de la combustion à haute température et de la consommation de combustibles fossiles nécessaire aux fours crématoires.

L’aquamation, elle, émettrait sept fois moins de CO₂. Le procédé n’utilise pas de flammes et les effluents liquides issus du processus sont traités par le réseau d’assainissement, évitant toute émission directe dans l’atmosphère.
Ces chiffres prennent d’autant plus de relief que la crémation est en plein essor. À mesure qu’elle se normalise dans les sociétés occidentales, la question de son impact environnemental devient centrale pour un nombre croissant de familles qui souhaitent des obsèques cohérentes avec leurs convictions écologiques.
L’Écosse pionnière : une légalisation historique au Royaume-Uni
Le 2 mars 2026, le Parlement écossais a adopté les règlements autorisant officiellement l’aquamation sur son territoire, devenant ainsi le premier pays du Royaume-Uni à franchir ce cap. La ministre écossaise de la Santé publique, Jenni Minto, a qualifié la pratique d’« alternative respectueuse de l’environnement », saluant une avancée en phase avec les attentes d’une population de plus en plus soucieuse de son empreinte écologique.

Toutefois, la légalisation ne signifie pas que les premières cérémonies pourront avoir lieu immédiatement. Des infrastructures spécifiques doivent être construites et des autorisations administratives obtenues. La société Kindly Earth, qui détient les droits exclusifs de fabrication des équipements d’hydrolyse alcaline au Royaume-Uni, estime qu’il faudra jusqu’à neuf mois avant que le premier établissement soit opérationnel. Un accord devra également être conclu avec Scottish Water, chargée de gérer les effluents issus du processus.
L’Écosse n’est pas la première à ouvrir cette voie dans le monde. L’aquamation est déjà légale dans 28 États américains, ainsi qu’au Canada, en Irlande, en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Elle avait été largement médiatisée en 2021 lorsque l’archevêque Desmond Tutu avait expressément choisi ce procédé pour ses propres funérailles, contribuant à faire connaître la pratique à l’échelle internationale.
En France, une pratique toujours hors-la-loi sans perspective d’évolution proche
En France, la situation est radicalement différente. L’aquamation est formellement interdite par l’article R2213-15 du Code général des collectivités territoriales. La loi française ne reconnaît à ce jour que deux modes de sépulture : l’inhumation et la crémation. Toute autre pratique, quel que soit son degré d’acceptation à l’étranger, est donc illégale.

Légaliser l’aquamation nécessiterait une réforme législative d’ampleur : un débat parlementaire spécifique, la création d’un statut juridique nouveau pour les résidus organiques issus du processus, et une révision en profondeur du Code général des collectivités territoriales. Des étapes longues et complexes, pour lesquelles aucune proposition de loi n’est actuellement à l’étude.
Les professionnels du secteur funéraire estiment qu’une autorisation en France dans un avenir proche reste peu probable. Pourtant, la demande sociale pour des obsèques plus respectueuses de l’environnement est bien réelle : dans les pays où la pratique est autorisée, de nombreuses personnes ont d’ores et déjà modifié leur testament pour y inscrire l’aquamation comme volonté funéraire.
La décision écossaise du 2 mars 2026 pourrait faire figure de déclencheur en Europe : si l’Irlande avait déjà ouvert la voie, le Royaume-Uni franchit désormais un cap symbolique fort. D’autres pays pourraient suivre, à mesure que la demande pour des funérailles écologiques progresse sur le continent. En France, en revanche, le chemin reste long : sans volonté politique affichée et sans texte législatif en préparation, l’aquamation demeure une option hors de portée pour les années à venir. Ce que cette vague mondiale illustre, en creux, c’est une évolution profonde du rapport à la mort — et une exigence croissante de cohérence écologique, jusque dans les derniers instants.










